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    <title><![CDATA[La lettre vol&eacute;e, politique, lectures, Europe et humeurs diverses (Essais / Histoire)]]></title>
    <link>http://www.lalettrevolee.net/categorie-210205.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Essais / Histoire&quot; du blog &quot;La lettre vol&amp;eacute;e, politique, lectures, Europe et humeurs diverses&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Tue, 31 Aug 2010 10:30:44 +0200</pubDate>    <lastBuildDate>Tue, 31 Aug 2010 10:30:44 +0200</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2010 www.lalettrevolee.net</copyright>            <category>Essais / Histoire</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[L'esprit de Philadelphie, la justice sociale face au marché total. Alain Supiot]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-l-esprit-de-philadelphie-la-justice-sociale-face-au-marche-total-alain-supiot-53053685.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/supiot.jpg" class="GcheTexte" width="300" height="300" alt="supiot.jpg">Un article d'Alain Supiot, professeur de droit, sur <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-16287585.html">l'économie communiste de marché</a> dans laquelle nous vivons m'avait bien plu.
  </p>
  <p>
    Il décrivait cette notion ainsi : "<em>ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme
    la "démocratie limitée", l'instrumentalisation du droit, l'obsession de la quantification et la déconnection totale du sort des dirigeants et des dirigés</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    J'ai donc acquis son dernier ouvrage sans hésitation et n'ai pas été déçu. Son introduction est de très bonne facture et se place à un niveau quasi philosophique.
  </p>
  <p>
    &nbsp;Pour lui, nous revenons actuellement à la sauvagerie des deux guerres mondiales et de la période intermédiaire, dont la caractéristique est d'appliquer aux hommes "<em>les mêmes calculs
    d'utilité et les mêmes méthodes industrielles qu'à l'exploitation des ressources naturelles</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp; Deux rappels sur la dureté des années 30 : "<em>Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture du déchet humain.</em>" (Hitler). Cette citation n'étonne pas. Ce
    deuxième rappel est moins attendu : "<em>Dans les années 1930, la biologie et l'anthropologie raciale avaient partout pignon sur rue et, à la notable exception du Royaume-Uni (où le Parlement
    résista à la propagande scientiste), tous les pays protestants adoptèrent des lois eugéniques</em>".
  </p>
  <p>
    Supiot défend ensuite le droit, comme instrument garantissant les libertés : ni l'état nazi ni le régime soviétique n'étaient des états de droit.
  </p>
  <p>
    C'est d'ailleurs en partie pour cela qu'au sortir de la deuxième guerre mondiale plusieurs textes essayèrent de donner une base juridique à des principes humanitaires - déclaration universelle
    des droits de l'homme au premier chef, déclaration de Philadelphie en matière sociale.
  </p>
  <p>
    La déclaration de Philadelphie faisait notamment de la justice sociale "<em>le but central de toute politique nationale et internationale</em>". L'ouvrage s'attache à montrer à quel point cet
    objectif est oublié.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp;*
  </p>
  <p>
    Le premier motif cité par l'auteur pour expliquer &nbsp;la prime actuelle au profit, en tout cas en Europe, est l'élargissement de l'Union intervenu après 1989. Au lieu d'investir pour remettre à
    niveau les pays de l'est, on a laissé faire le marché en ouvrant une formidable usine à <em>dumping</em> social à l'échelle européenne.
  </p>
  <p>
    Comme juriste, Supiot donne un éclairage supplémentaire : les juristes et hauts fonctionnaires de l'est, qui ont présidé à l'élargissement, étaient habitués à voir dans le droit un simple
    instrument. Ils n'ont donc eu qu'à remplacer la finalité (la conversion libérale à la place de l'édification du communisme) et à continuer à procéder avec une indifférence absolue à l'égard des
    populations.
  </p>
  <p>
    De fait, les pays de l'est ont pu aller encore plus loin que l'ouest dans la construction de ce que Supiot appelle une république des affaires (traduction qu'il propose pour le terme de
    <em>corporate republic</em> forgé par Galbraith).
  </p>
  <p>
    &nbsp; Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que cette primauté de la loi du profit s'acclimate en France : depuis 2007 selon Supiot, les avocats d'affaires y ont remplacé les énarques au
    gouvernement (on notera que dans le même temps un énarque, promu en quelque sorte au rang de sous-avocat d'affaires, a remplacé un médecin à la tête de l'Assistance Publique-Hopitaux de Paris).
  </p>
  <p>
    &nbsp;L'auter souligne enfin que l'Union européenne, avec à sa tête de nombreux dirigeants ex-maoistes (à commencer par Barroso), a une grande facilité pour se passer de l'avis des masses qu'elle
    entend bien éclairer, fut-ce contre leur gré.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp; &nbsp;*
  </p>
  <p>
    &nbsp; Au chapitre suivant, découvre comment le droit social qu'entendait fonder la déclaration de Philadelphie a été déconstruit philosophiquement avent de l'être en pratique. Il fait un
    parallèle (trop rapide malheureusement) entre la déconstruction derridienne, qui entend tout ramener à des désirs individuels, et la déconstruction du droit social. Le droit social en effet
    n'accordait aucun crédit au consentement donné par le salarié à un patron en position de force. La justice sociale déconstruite ne voit dans la relation patron/salarié, de façon illusoire, qu'une
    simple relation entre deux individus égaux.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>&nbsp; Tout droit collectif se voit ainsi déconstruit en droits individuels :</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    - le droit du logement devient droit opposable (par un individu) au logement ;
  </p>
  <p>
    &nbsp; - les prélèvements obligatoires, au profit d'un collectif public sont intolérables mais les prélèvements privés au titre de la protection intellectuelle sont devenus sacrés ;
  </p>
  <p>
    - le travail du dimanche et le travail de nuit des femmes cassent la vie familiale mais les parents deviennent individuellement responsables de leurs enfants, à peine de suppression des
    allocations ;
  </p>
  <p>
    &nbsp; - le travail se précarise à grande vitesse mais les lois protégeant la discrimination se multiplient : ce qui touche l'ensemble des individus, même pour le pire, est légitime, mais pas ce
    qui risquerait de singulariser/stigmatiser le moindre des individus.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Dans le même temps, les institutions considérées autrefois comme égalitaires sont privatisées au profit des élites (les hôpitaux publics ferment dans les campagnes mais Paris conserve ses grands
    hôpitaux publics de prestige ; même chose pour les lycées).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;La machine. Dans son troisième chapitre, Supiot montre comment l'humain s'est transformé de fin en moyen - y compris juridiquement. Plus de notion de dignité ou de liberté dans le préambule
    des accords de Marrakech créant l'OMC, contrairement aux valeurs qu'affirmait la charte de Philadelphie.
  </p>
  <p>
    A l'échelle internationale, la course est à l'efficacité de court terme maximale, mesurée en termes monétaires.
  </p>
  <p>
    Et cette course a sa traduction dans des instruments tels que les indicateurs <em>Doing Business</em> de la Banque Mondiale, qui donnent des bons points aux pays qui réduisent le plus leur
    couverture sociale et réduisent au minimum les "charges sociales".
  </p>
  <p>
    &nbsp; L'Union européenne contribue (bien entendu) à cette spirale destructrice (cf. cette citation sur <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-l-union-europeenne-democratie-limitee-53335365.html">l'Europe hayekienne</a>). L'auteur donne des exemples de <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-darwinisme-normatif-53338396.html">jurisprudence</a> mais renvoie aussi à la méthode ouverte de coordination, qui permet à l'Union européenne de
    préselectionner les lois les plus antisociales dans l'éventail juridique de chacun des pays membres.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp;Le chapitre quatrième montre en quoi le monde souffre d'une maladie qui transforme lieux, hommes et choses en items quantifiables (on cherche ainsi à quantifier "l'attractivité"
    d'une ville par le nombre de ses jardins publics/cliniques/bancs/maison de retraite etc.) Dans des développements passionnants, où l'on retrouve l'Union européenne à la pointe du combat pour la
    déshumanisation du monde, à grand coup de méthode ouverte de coordination, Alain Supiot cite Alexandre Zinoviev. On découvre qu'il est parfois bon d'écouter les anciens de l'Europe de l'est qui
    expliquent que l'Union européenne a repris certains des travers les plus insupportables de l'ex-URSS.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <div style="text-align: center;">
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    </div><br>
    <strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/x50ehg_union-europeenne-la-nouvelle-union_news">Union européenne : la nouvelle union soviétique ?</a></strong><br>
    &nbsp; &nbsp;
  </div>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp;*
  </p>
  <p>
    &nbsp; Après le diagnostic, Alain Supiot en vient aux remèdes. Une courte introduction de sa deuxième partie donne une clé : il faut en finir avec l'idée d'une régulation, qui revient à laisser
    la main aux marchés pour qu'ils s'organisent, et reparler de réglementation. La loi qui s'impose aux marchés est forcément contestée par les marchés car elle refuse leur logique : il n'y a pas à
    attendre une reconnaissance des marchés pour légiférer.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; De façon plus générale, il faut renouer avec l'idée que la loi s'oppose aux volontés, que la loi est une institution, pas un objet de désir. L'auteur cite un bref passage d'une décision de
    la Cour de justice des Communautés européennes (Christine Goodwin c/ Royaume-Uni), dans laquelle les juges proclament "<em>le droit pour chacun d'établir les détails de son identité d'être
    humain</em>". Autant écrire qu'il n'y a plus d'identité. Supiot cite Pierre Legendre : "<em>Infliger au sujet d'être pour lui-même le Tiers, c'est non pas le libérer, mais l'écraser, transformer
    <strong>politiquement</strong> les relations sociales en foire d'empoigne, sous le masque d'un discours de séduction généralisé</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; Supiot ne cite pas Zygmunt Bauman mais l'esprit y est. Dans un monde qui veut tout fluidifier, on édifie de lourds paravents derrière lesquels on cache ceux qui auraient bien besoin de
    stabilité (en Union européenne, Frontex est l'institution méconnue chargée de policer les sauvages, extérieurs à notre paradis sans frontières <em>internes</em>).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>Cet état de fluidification du monde n'est pas moderne, en réalité il est fortement régressif.</strong>&nbsp;Alain Supiot montre bien que dans le cadre d'un état souverain, la loi vaut
    pour tous, également.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    (sur le rôle protecteur de l'état souverain, lire sa définition de la <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-souverainete-53590604.html">souveraineté</a>).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Dans l'état gazeux actuel, où tout est mou, chacun tente, pour son propre compte, de se rattacher à un point, à une ancre, à une sorte de suzerain féodal (citation de Jean-François Lemarignier,
    médiéviste : "<em>tant que le souverain est titulaire d'un pouvoir suprême, qui peut s'exercer directement sur tous ses sujets, le suzerain n'a de prise directe que sur ses propres vassaux et non
    pas sur les vassaux de ses propres vassaux</em>").
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Le droit des affaires aujourd'hui s'occupe beaucoup de régir un nombre croissant de liens d'allégeances entre filiales, sous-traitants, prestataires, etc. On s'affaire de plus en plus à chercher
    un responsable insaisissable.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp; Supiot suggère plusieurs méthodes pour reconstruire un monde habitable parce que stable et régi : limiter le libre échange, pour favoriser ce qu'il appelle la concurrence des
    entreprises, non celle des systèmes juridiques (où gagne systématiquement le moins-disant, lire sa description du <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-darwinisme-normatif-53338396.html">darwinisme normatif</a>). Encourager les actionnaires de long terme d'une entreprise, ceux qui accompagnent sa stratégie,
    pas les prédateurs de court terme qui vendent à la moindre inflexion des résultats trimestriels.
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp; Enfin, au sein de l'Union européenne, il faut que les cours constitutionnelles européennes sachent renvoyer la Commission dans ses cordes. Supiot rappelle cet arrêt, trop passé sous
    silence, de la Cour constitutionnelle allemande invitant l'Union, affligée d'un "<em>déficit structurel de démocratie</em>" à ne pas "<em>outrepasser les compétences qui lui ont été
    octroyées</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;Dans un chapitre sur les dangers de la <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-quantification-53478788.html">quantification</a>, un exemple retient l'attention : en imposant
    indistinctement le taux de scolarisation des enfants comme un indicateur de développement, les indicateurs du développement humain ont conduit à ce que des enfants, qui apprenaient à travailler
    aux côtés de leurs parents, se sont retrouvés entassés dans des hangars surpeuplés où un enseignant fait de la figuration. Les références à d'autres ouvrages ont l'air fort intéressantes.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;Plus loin, des développements juridiques essaient de trouver dans la notion de <em>capacité</em> juridique un instrument de rééquilibrage dans les relations employeurs/employés. Un contrat
    n'est viable que si les deux parties sont en capacité d'en comprendre les implications et libres de l'accepter. Un contrat de travail aux conditions lamentables imposé par la pression de la
    pénurie d'emplois préserve-t-il la capacité des contractants ? On est là dans des débats qui deviennent techniques, avec une distinction abordée entre capacité et <em>capability</em>
    anglo-saxonne dont la portée n'apparaît pas immédiatement.
  </p>
  <p>
    Il faut en passer par exemple par la notion de capacité collective : là où les salariés seuls sont fragilisés face à leurs employeurs, ils retrouvent une marge de négociation dans le cadre de
    négociations collectives.
  </p>
  <p>
    Malheureusement ces cadres collectifs aujourd'hui disparaissent et les salariés sont isolés face à des employeurs de plus en plus fuyants et difficiles à identifier : donneurs d'ordre lointains,
    maison-mère éloignée etc.
  </p>
  <p>
    Une notion de capacité en tout cas bien plus prometteuse que celle, en vogue aujourd'hui dans les institutions européennes, <em>d'employabilité</em>. On voit bien toute la différence entre la
    capacité et cette dernière notion où le travailleur n'est que chair à canon.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp;*
  </p>
  <p>
    &nbsp; L'isolement des salariés est lié à l'irresponsabilité croissante des entreprises. Les grands groupes s'organisent en effet pour n'être engagés en rien vis-à-vis de personne, en filialisant
    et délocalisant à tour de bras (Supiot donne l'exemple des naufrages de navire pétroliers, où l'on s'aperçoit généralement que les seuls responsables identifiables sont des intermédiaires sans
    poids véritable).
  </p>
  <p>
    &nbsp; Les seules responsabilités que les grands groupes acceptent sont celles qu'ils choisissent et mettent en valeur à travers la notion publicitaire et mensongère de <em>responsabilité sociale
    de l'entreprise</em>.
  </p>
  <p>
    Pour limiter cette politique d'organisation de leur irresponsabilité, l'auteur suggère de réintroduire de la solidarité au sens juridique du terme : tous les intermédiaires de la chaîne de vente
    d'un produit devraient être indifféremment et solidairement responsables du bon respect d'obligations sociales minimales. De la même façon que les Etats-Unis ont su imposer, dans le cadre du
    naufrage de l'Exxon-Valdez, que la responsabilité de l'opérateur, du propriétaire du navire et de l'affréteur soient engagées, la responsabilité du vendeur d'un produit devrait impliquer qu'il
    rende compte aussi des conditions de fabrication de ce produit.
  </p>
  <p>
    <strong>Dans une comparaison brillante, l'auteur montre que le système de marché sait parfaitement s'intéresser aux conditions de production d'un produit lorsqu'il s'agit de protéger des droits
    de propriété intellectuelle. Il devrait en être de même avec la défense des droits sociaux !</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp; L'auteur fragilise sa position, ou introduit un élément de réalisme, lorsqu'il cite plusieurs arrêts de la Cour de Justice des Communautés européennes, de 1993, 1995 et 1996 qui
    semblent reconnaître une valeur juridique à la notion de solidarité. On peine évidemment à en voir les effets, et le lecteur se demande alors si le Droit seul peut permettre d'obtenir des
    conquêtes sociales. Sans le soutien d'une volonté politique forte, quelques affirmations de principe ne peuvent que rester lettre morte.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;Un dernier chapitre évoque les moyens d'organiser la solidarité. De façon interne, Supiot prône une mutualisation totale du financement - prélèvements par l'Etat, et des dépenses assurées
    par des mutuelles. Les mutuelles sont recommandées au terme d'une réflexion sur le fait que l'Etat est éloigné alors que les mutuelles sont plus souples et plus proches - remarque plus juste sans
    doute que bien des développements vaseux sur le <em>care</em>. Dans l'ordre international, il serait nécessaire de cesser de faire jouer une concurrence à la baisse des systèmes de protection
    sociale, y compris à l'échelle européenne - lire cette citation sur <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-le-moins-disant-fiscal-encourage-par-l-union-europeenne-53336342.html">la
    concurrence fiscale encouragée par l'Union</a>.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp; *
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp;En conclusion, que retenir de cet ouvrage ? D'abord il est riche et passionnant. Il montre qu'une pensée moderne et actuelle de la solidarité est possible, conduisant à un ensemble
    cohérent de règles et de dispositifs dans des domaines tels que le droit du travail ou le commerce international. Par constraste avec le paysage qu'il dessine, la réalité n'en apparaît que plus
    brutale. On manque aujourd'hui des moyens, des leviers, nécessaires à un retour à cet Esprit de Philadelphie qui avait tenté de mettre le droit au service des plus fragiles... Alain Supiot
    suggère qu'une Europe bismarckienne pourrait jouer ce rôle. Je n'attends évidemment rien de tel. Je crois plus probable que la Chine mette en place une protection sociale correcte, en attendant
    que la France puisse reconstruire la sienne.
  </p>
  <p>
    Mais ceci est une autre histoire, qui n'était pas l'objet de ce livre dense et utile, ni de ce résumé.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 20 Jul 2010 21:44:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-l-esprit-de-philadelphie-la-justice-sociale-face-au-marche-total-alain-supiot-53053685.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-l-esprit-de-philadelphie-la-justice-sociale-face-au-marche-total-alain-supiot-53053685-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Eric Roussel, Le naufrage]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-eric-roussel-le-naufrage-51434949.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img width="300" height="300" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" class="GcheTexte" title="null" alt="roussel.jpg" src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/roussel.jpg">
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Dans la série "les journées qui ont (dé)fait la France", le livre d'Eric Roussel vient évoquer le 16 juin 1940. Ce jour-là, Paul Reynaud démissionne de son poste de président du Conseil et
    Philippe Pétain est appelé à le remplacer. Les partisans de l'armistice l'ont emporté. Dès le lendemain, Pétain proclame l'arrêt des combats.
  </p>
  <p>
    Ce livre est à la fois très prenant, bien écrit, et m'a pourtant profondément choqué.
  </p>
  <p>
    Pour une raison principale : il s'agit d'une réécriture de l'histoire bien maladroite.
  </p>
  <p>
    La quatrième de couverture se termine ainsi : &nbsp;"<em>le 16 juin aura été l'école de deux hommes aussi exceptionnels que différents, Charles de Gaulle et Jean Monnet</em>". Tout est dit du
    côté idéologique de ce projet éditorial : faire du 16 juin 1940 une sorte de deuxième journée de l'Europe.
  </p>
  <p>
    Il ne s'agit pas de nier les qualités de Jean Monnet, un <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-23578713.html">fonctionnaire de haute volée</a> - quoique égaré dans la construction d'un
    gouvernement de technocrates. &nbsp;Mais comparer cet homme là, à ce moment-là, à Charles de Gaulle relève du non-sens.
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;">*</span>
  </p>
  <p>
    Faute d'ailleurs de pouvoir grandir le rôle de Monnet dans ces journées, l'auteur essaie de rabaisser de Gaulle. De Gaulle est ainsi qualifié de "<em>républicain de raison</em>". Peu après on
    apprend cependant que de Gaulle est l'ami d'un colonel de gauche, Emile Mayer (l'auteur écrit Meyer). Il faut aller sur le site de la fondation Charles de Gaulle pour apprendre qu'Emile Mayer
    était le conseiller militaire de Jaurès et l'ami de Léon Blum. Il faut lire l'ouvrage de <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-daniel-cordier-alias-caracalla-38662891.html">Daniel
    Cordier</a>&nbsp; pour comprendre à quel point de Gaulle paraissait trop républicain à un maurassien, pourtant résistant de la première heure. Issu d'une famille de droite, oui, convaincu des
    limites du régime d'assemblée, certainement - pour avoir plaidé longtemps auparavant en faveur des divisions blindées auprès d'un personnel politique fragilisé par les combinaisons.
  </p>
  <p>
    On sait que de Gaulle a grandi dans une famille méfiante à l'égard de la République, et qu'il n'était pas forcément admirateur du régime d'assemblée. Mais de là à écrire que "<em>républicain par
    résignation, il se faisait une conception très personnelle de la démocratie</em>", ou, à lâcher plus loin, comme à regrets, cette concession "<em>le Général, à sa manière, était démocrate</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp; Que l'auteur consacre ensuite plusieurs pages à pinailler sur des détails infimes du récit que de Gaulle fit des journées du 16 juin est également agaçant. C'est pourtant le rôle de
    l'historien que de chercher à établir les faits avec précision. Mais on aurait aimé que l'auteur, tant qu'à apporter sa pierre aux avancées de l'histoire, le fasse jusqu'au bout.
  </p>
  <p>
    &nbsp; <span style="color: #ffffff;">*</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp; Or, ce n'est pas le cas. Sur au moins trois points, le livre n'a pas l'air à la pointe de l'état de la recherche en histoire :
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; 1. Rien sur &nbsp;les ouvrages d'Annie Lacroix-Riz. Qu'on aime ou pas cette historienne communiste, ses thèses sur le rôle des élites françaises dans la défaite auraient mérité d'être
    citées. Elle ne figure même pas dans la biographie. Seule mention qui pourrait se référer à ces idées : "<em>la droite des affaires, qui soutenait Laval...</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    2. Sur l'assassinat de Mandel, rien sur <a href="http://www.delpla.org/article.php3?id_article=422&amp;var_recherche=mandel">la thèse de François Delpla</a>, pourtant récente et novatrice
    montrant que Mandel a été assassiné par la Milice sur ordre direct des nazis.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    3. Pas un mot sur le fait que Saint Robert Schuman, le père fondateur européen, après avoir voté les pleins pouvoirs à Pétain, est nommé, par Pétain, sous-secrétaire d'Etat, ce même 16 juin 1940.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; J'imagine que ce dernier détail a été omis car il aurait fait tâche dans le subtil équilibre entre de Gaulle l'archaïque et Monnet le "visionnaire européen". Voir un autre des "pères
    fondateurs" aux côtés du Maréchal fait un peu tâche. Et même si, comme le relève l'auteur, Léon Blum avait approuvé la présence de deux membres de la SFIO dans le gouvernement Pétain, on peut
    penser que la proximité entre le Maréchal et Schuman était bien plus grande qu'entre un SFIO et Pétain entouré de sa bande de revanchards (lire à au sujet de Schuman <a href=
    "http://u-p-r.fr/?p=908">le travail éclairant de François Asselineau</a>).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Malgré ces graves défauts, le livre est intéressant. Il a le mérite d'être bien écrit et de se lire agréablement.
  </p>
  <p>
    Il met en évidence l'aspect double de l'entourage de Pétain : des têtes pensantes antisémites et ultraconservatrices (Raphaël Alibert, du Moulin de Labarthète), pour dicter les premières mesures
    de l'Etat français - et le statut des juifs ; Pierre Laval, parlementaire chevronné, pour emballer le rapt de la République auprès d'un milieu politique conservant quelques scrupules. Il rend
    également sa - vilaine - place à Weygand. Dès le 5 juin 1940, celui qui est alors à la tête de l'armée française souhaite cesser le combat (il aurait mérité d'être renvoyé à cette date, se
    dit-on, certes 70 ans après). Il est décrit comme profondément réactionnaire.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; Pour revenir à Monnet, l'auteur termine sur le projet qu'il fit avaliser par Churchill et de Gaulle, le 16 juin, malheureusement rendu inutile par la démission de Paul Reynaud, tendant à
    unir en un seul pays la France et la Grande-Bretagne. Symbolique projet de fusion qui aurait pu faciliter la poursuite des combats, depuis Londres. Roussel mentionne lui-même que Monnet n'est pas
    pour grand chose dans la genèse de ce projet, né de travaux initiés par le <em>Royal Institute of International Affairs</em> et auxquels le Centre d'Analyse de la Politique Etrangère, au Quai
    d'Orsay, avait été associé.
  </p>
  <p>
    Le RIIA était dirigé à l'époque par Arnold Toynbee, un historien pas spécialement progressiste. On lit sur sa <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnold_Joseph_Toynbee">fiche Wikipedia</a>,
    "<em>Toynbee présente l'histoire comme l'essor et la chute des civilisations plutôt que comme l'histoire de État-nations ou de groupes ethniques. Il identifie les civilisations sur des critères
    culturels plutôt que nationaux. Ainsi, la "civilisation occidentale", qui comprend toutes les nations qui ont existé en Europe occidentale depuis la chute de l'Empire romain, est traitée comme un
    tout</em>". Plus loin : "<em>Les civilisations surgissent en réponse à certains défis d'une extrême difficulté et alors que les "minorités créatrices" conçoivent des solutions pour réorienter la
    société entière.</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp; Si l'on voulait faire un raccourci extrêmement grossier, on pourrait conclure que l'un des inspirateurs du projet européen est un défenseur de la suprématie occidentale, qu'une élite
    unificatrice devra rassembler par dessus les nations - jusquà s'asseoir sur la démocratie.
  </p>
  <p>
    Monnet s'est mis au service de ce programme, que l'on est en droit de trouver bien moins reluisant que la défense du régime républicain menée par de Gaulle.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp;*
  </p>
  <p>
    Sans doute donc un bon ouvrage d'initiation à l'histoire de cette période. Peut-être en existe-t-il de meilleurs. Pour sa valeur de récit, le livre est utile. Pour sa thèse annoncée, un parallèle
    entre Monnet le visionnaire et de Gaulle l'archaïque, il est ridicule, à la limite de la malhonnêteté.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 01 Jun 2010 21:23:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-eric-roussel-le-naufrage-51434949.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-eric-roussel-le-naufrage-51434949-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[William Shirer, Les années du cauchemar, 1934-1945]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-william-shirer-les-annees-du-cauchemar-1934-1945-50254930.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/shirer.jpg" alt="shirer.jpg" class="GcheTexte" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" height="300" width="300">Un coup de chapeau
    tout d'abord à la collection <a href="http://www.texto-legoutdelhistoire.com/collection.php">Le goût de l'histoire</a>, chez Texto (et suggestion à Jean-Claude Zylberstein : (ré)éditez aussi, de
    Shirer, La chute de la IIIème république. Si le récit est aussi bon que celui-ci, c'est indispensable).
  </p>
  <p>
    J'avais déjà évoqué ici les <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-23448979.html">Causeries du samedi</a>, de Mendès-France. J'ai cité, sans en parler plus longuement, le <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-28099686.html">Jugements dernier</a>, de Joseph Kessel. Et ma bibliothèque contient déjà deux ou trois titres qui sont encore à lire, fort alléchants. Tout
    cela pour une somme fort modeste (publicité gratuite de ma part, je ne touche rien !)
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Ici, il s'agit d'un récit historique qui se lit comme un polar. William Shirer a été correspondant en Europe, à Berlin la plupart du temps, de la radio américaine CBS de 1934 à 1945.
  </p>
  <p>
    Il y a plein de choses à retirer de ce livre. &nbsp;&nbsp;
  </p>
  <p>
    J'ai noté quelques points :
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    1. La lâcheté française. Elle s'explique certainement par le traumatisme de la guerre précédente (j'ai ainsi appris que Daladier avait passé quatre années dans les tranchées), mais le lecteur qui
    connaît la fin de l'histoire enrage tout particulièrement de l'inaction française en mars 1935, lorsque Hitler occupe militairement la Rhénanie. Shirer pense que l'entrée en Allemagne de quelques
    divisions françaises aurait suffi à faire reculer, et probablement tomber, Hitler. J'ai lu récemment qu'à ce moment là, le Canard Enchaîné a titré : <em>l'Allemagne envahit... l'Allemagne</em>. A
    retenir dans la liste des inepties historiques.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; 2. La complicité britannique. &nbsp;Pour des raisons sans doute différentes, le Royaume-Uni n'a guère brillé face à Hitler (pour un récit excellent des difficultés rencontrées par
    Churchill, lire le <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-804132.html"><em>Never Surrender</em></a>, de Michael Dobbs).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    3. Finalement Munich n'est qu'un aboutissement. Ce n'est que le dernier des renoncements face à Hitler, alors que bien des occasions contre lui ont été perdues.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    4. Une leçon sur le métier de journaliste. A tout moment Shirer balance entre son envie de clamer le dégoût que lui inspire la politique nazie et les susceptibilités qu'il doit ménager. Celles
    des autorités allemandes, bien entendu, qui peuvent le renvoyer à tout moment, mais aussi celles des patrons de la chaîne, pour lesquels Hitler vu de loin n'est pas forcément si mauvais.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    5. Charles Lindbergh coupable de Munich ! Pour William Shirer, si, en 1938 la France et le Royaume-Uni reculent, c'est face à la Luftwaffe. &nbsp;Lindbergh, partisan des nazis, a répandu partout
    en Europe après un voyage savamment organisé, combien la Luftwaffe était formidable - effrayant ainsi les politiques français et britanniques.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    6. Shirer ne dénonce pas bêtement le pacte germano-soviétique. Certes le pacte est odieux, mais Shirer note que les alliés ont poussé Staline dans les bras d'Hitler, notamment en n'informant pas
    Staline de Munich.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    7. Un récit de la débâcle française de juin 1940 terrible. Lors de l'armistice, Shirer rappelle que le négociateur français, le général Huntziger, refuse de signer, notamment du fait de clauses
    indignes telles que la remise à l'Allemagne des réfugiés politiques allemands. Huntziger déclara, avant de signer : "<em>Je déclare que le gouvernement français m'a ordonné de signer ces
    conditions d'armistice...</em>" Tragique &nbsp;moment où la conscience de l'homme refuse de plier aux obligations de sa fonction.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Le livre est passionnant, écrit par un homme attachant.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    On y lit des anecdotes étonnantes, comme celle du général allemand Falkenhorst convoqué par Hitler pour préparer dans l'urgence les &nbsp;plans d'invasion de la Norvège. A la hâte, celui-ci
    achète un guide touristique Baedeker, s'enferme dans une chambre d'hôtel et arrête un plan. Ailleurs, on lit comment des bombardiers britanniques ont lâché quelques bombes sur Genève en croyant
    survoler Turin.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    On relativise la place de la Raison dans l'histoire à la lecture d'un tel récit - pourtant si riche en raisons. Shirer note ainsi en 1939, à Berlin : "<em>Tout le monde est contre la guerre. Les
    gens en parlent ouvertement. Comment un pays peut-il faire une grande guerre avec une population aussi ouvertement contre ?</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 26 May 2010 22:19:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-william-shirer-les-annees-du-cauchemar-1934-1945-50254930.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-william-shirer-les-annees-du-cauchemar-1934-1945-50254930-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Frédéric Schifter, le bluff éthique]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-frederic-schifter-le-bluff-ethique-47575282.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/schifter.jpg" class="GcheTexte" width="300" height="300" alt="schifter.jpg"><span style="font-size: 10pt;">Frédéric Schifter est philosophe.
    Il n'aime pas les donneurs de leçons, surtout pas de leçons de morale.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il écrit bien et a la dent dure, donc ça se laisse lire. D'autant plus qu'il s'agit d'une petite leçon de philo ou, partant des philosophes grecs, on remonte
    jusqu'à BHL, en décrivant l'opposition entre ceux qui aimeraient plier le monde à leurs fantasmes, et ceux qui se satisfont de la dure réalité.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">"</span><em><span style="font-size: 10pt;">Nul compromis ou juste milieu envisageable entre, respectivement, l'habileté verbale à n'évoquer et ne louer
    que</span></em> <span style="font-size: 10pt;">ce qui devrait être</span> <em><span style="font-size: 10pt;">en déniant et condamnant</span></em> <span style="font-size: 10pt;">ce qui
    est</span><em><span style="font-size: 10pt;">, et le génie poétique à exposer, voire à surexposer,</span></em> <span style="font-size: 10pt;">ce qui est</span> <em><span style=
    "font-size: 10pt;">en restant indifférent à l'égard de</span></em> <span style="font-size: 10pt;">ce qui devrait être</span><em><span style="font-size: 10pt;">.</span></em><span style=
    "font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Où le livre, qui commençait comme une dénonciation des sophistes, tourne à l'assaut de la philosophie par la poésie. Le style est à cheval entre Philippe Muray et
    Clément Rosset (</span><em><span style="font-size: 10pt;">c'est en "devoir indolore" [...] qu'une éthique du coeur, engagée et festive, le</span></em> <span style=
    "font-size: 10pt;">gnangnan</span><em><span style="font-size: 10pt;">, s'inscrit volontiers dans l'emploi du temps des hypermodernes et vient enrichir leur programme d'épanouissement
    individuel</span></em><span style="font-size: 10pt;">).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">L'intention de Schifter est sans doute la mieux exposée dans celle qu'il prête à Socrate : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">La question, pour lui, n'est
    pas de trouver du sens au réel - qui n'en a pas -, mais de donner du sens au langage - qui en a trop.</span></em><span style="font-size: 10pt;">" (de là sans doute l'opposition relevée plus haut
    entre philosophes et poètes). Il poursuit avec un autre désenchanteur, Wittgenstein : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">Le but de la philosophie est la clarification des pensées. [...]
    La philosophie n'est pas un enseignement mais une activité [...] qui consiste essentiellement en "élucidations". Le résultat de la philosophie, ce ne sont donc pas des "thèses philosophiques",
    mais la clarification des thèses qui autrement seraient troubles et confuses.</span></em><span style="font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Tout est dit, ou presque, à ce sujet, dans la première partie. Dans la seconde,</span> <span style="font-size: 10pt;">Schifter est virulent avec Sartre, BHL, Camus
    même, Spinoza, tous, à un degré ou à un autre, rejetant le constat de ce qui est pour se tourner vers des idées plus réjouissantes, mais irréelles (ses héros à lui sont plutôt Epicure, Montaigne,
    Gracian, Hobbes...) Il n'échappera pas au lecteur que, ce faisant, Schifter rejoint en partie ceux qu'il critique en déplorant leur verbiage, au lieu de se contenter de l'ignorer. Ceci est sans
    doute la limite de l'ouvrage.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Autre point gênant : il me paraît difficile, et trop rapide, d'écrire "</span><em><span style="font-size: 10pt;">qu'il va de soi [...] que non seulement la morale
    ne peut être la source du droit positif, mais que c'est bien le droit positif qui fonde la seule morale possible et réelle"</span></em><span style="font-size: 10pt;">. Ca mériterait un passage
    par Léo Strauss et Hans Kelsen par exemple, pour un débat qui n'est sans doute pas si simple...</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il reste que comme Schifter a un vrai style, enlevé, ça se laisse lire. Et on a droit à un vrai florilège de citations intéressantes (intelligemment contextualisées
    pourrait-on écrire). Ainsi cette réplique de Socrate à Nicias, qui pourrait servir de devise aux trolleurs qui viennent torturer de commentaires pervers l'auteur d'un billet de blog (pas chez
    moi, ici les lecteurs sont plutôt courtois) :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">"</span><em><span style="font-size: 10pt;">c'est parce que j'attends de mes interlocuteurs qu'ils désembrouillent ma propre pensée que je leur demande des
    éclaircissements de vocabulaire.</span></em><span style="font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ou celle qui clôt le livre, qui sonne comme du Desproges : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">alors que les optimistes ne plaisantent pas avec les motifs
    d'espérer en une existence moins tragique, les pessimistes ne se privent pas d'en rire</span></em><span style="font-size: 10pt;">".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 28 Mar 2010 21:51:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-frederic-schifter-le-bluff-ethique-47575282.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-frederic-schifter-le-bluff-ethique-47575282-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Boris Cyrulnik, Je me souviens]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-boris-cyrulnik-je-me-souviens-47574541.html</link>        <description><![CDATA[<img width="300" height="300" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" class="GcheTexte" alt="bc.jpg" src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/bc.jpg">Un court livre de souvenirs à
  propos de l'enfance de Boris Cyrulnik. Il revient, par petites touches sur son évasion d'une rafle allemande, à Bordeaux. J'avais lu Un sac de billes (mon premier livre "sérieux", lu à huit ans),
  récit de la survie de Joseph et Mauric Joffo pendant l'occupation. Ici, juste des bribes, des annotations, et peut-être surtout une tentative, pour l'auteur, de lier ce qui lui est arrivé à sa
  vocation professionnelle. Du coup c'est surtout intéressant pour ceux qui ont lu ses livres (j'avais beaucoup aimé Sous le signe du lien, le seul que j'aie lu). Mais pour ses lecteurs, cela
  pourrait être placé comme en préface à chacun de ses ouvrages. Et il y a deux ou trois scènes mémorables.]]></description>
        <pubDate>Sun, 28 Mar 2010 21:42:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-boris-cyrulnik-je-me-souviens-47574541.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-boris-cyrulnik-je-me-souviens-47574541-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[La guerre hors limites, Qiao Liang et Wang Xiangsui]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-la-guerre-hors-limites-qiao-liang-et-wang-xiangsui-45361322.html</link>        <description><![CDATA[<img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2010/ghl.jpg" class="noAlign" width="216" height="355" alt="ghl.jpg">
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ce livre, rédigé par deux militaires chinois de haut rang, est passionnant du début jusqu’à la fin. Je l’ai lu et annoté il y a quelques années, et l’ai presque
    intégralement relu pour cette longue note. Que les lecteurs des quelques lignes qui suivent n’imaginent pas qu’elles permettent de se dispenser de la lecture de ce passionnant ouvrage – il est
    trop riche pour être résumé. Pour le résumer, deux points.</span> <b><span style="font-size: 10pt;">Bonne nouvelle : les prochaines guerres feront peu de morts. Mauvaise nouvelle : la guerre est
    permanente.</span></b>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;"><br></span></b>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les auteurs redéfinissent la guerre tout au long de cet ouvrage. La guerre n’est plus «&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">l’usage de la force armée
    pour obliger un ennemi à se plier à sa propre volonté&nbsp;</span></em><span style="font-size: 10pt;">», mais l’utilisation de «</span><em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;tous les moyens,
    dont la force armée ou non armée, militaire ou non militaire et des moyens létaux ou non létaux pour obliger l’ennemi à se soumettre à ses propres intérêts.</span></em><span style=
    "font-size: 10pt;">&nbsp;»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Contrôler l’opinion publique est par exemple une arme&nbsp;à la disposition du faible :&nbsp; «&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">Si l’on en juge par
    la performance de l’armée américaine en Somalie, où elle se trouva désemparée face aux forces d’Aïdid, on peut conclure que la force militaire la plus moderne n’a pas la capacité de contrôler la
    clameur publique, ni d’affronter un opposant qui opère de manière non conventionnelle.</span></em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Toute la difficulté des guerres nouvelles est de savoir combiner armes classiques et armes nouvelles, et les auteurs appellent les états-majors, et principalement
    et paradoxalement l’état-major américain, à ne pas surestimer le pouvoir des armes militaires traditionnelles.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ainsi,</span> <b><span style="font-size: 10pt;">la recherche de la prouesse technologique dans la fabrication d’armes peut être un moyen ruineux.</span></b>
    <span style="font-size: 10pt;">Les auteurs donnent l’exemple du bombardier furtif B-2, dont chaque exemplaire a coûté deux ou trois fois son poids d’or – même si la hausse du prix de l’or a dû,
    depuis rabaisser ce prix. C’est même cette conception militaire périmée qui a entraîné, selon eux, la chute de l’URSS, perdue dans des dépenses militaires incontrôlées. Pour les auteurs,</span>
    <em><span style="font-size: 10pt;">«&nbsp;un empire colossal s’effondra sans qu’un seul coup de feu fût tiré, corroborant de manière éclatante les vers du célèbre poème de Kipling&nbsp;:
    «&nbsp;Quand périssent les empires, ce n’est pas dans un grondement mais avec un simple ˝&nbsp;pouf&nbsp;˝&nbsp;»</span></em><span style="font-size: 10pt;">.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les raisons économiques ne sont pas les seules à orienter vers des guerres moins sanglantes. La perspective de guerres nucléaires et la possibilité de conflits
    provoquant des centaines de millions de morts, voir l’anéantissement de l’humanité, ont conduit à l’emploi d’armes «&nbsp;adoucies&nbsp;». Les militaires ne cherchent plus forcément à infliger un
    maximum de pertes chez l’ennemi, mais à obtenir les pertes suffisantes dans les limites de ce qui est tolérable par l’opinion.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Troisième point, après le coût des armes classiques et la crainte de la guerre ultime,</span> <b><span style="font-size: 10pt;">dans le même temps où s’épuisent les
    armes de conception nouvelle, de nouveaux concepts d’armes émergent</span></b><span style="font-size: 10pt;">. De fait «</span><em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;il n’est rien au monde
    aujourd’hui qui ne puisse devenir une arme&nbsp;</span></em><span style="font-size: 10pt;">». Pour les auteurs, «&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">un seul krach boursier provoqué
    par l’homme, une seule invasion par un virus informatique, une simple rumeur ou un simple scandale provoquant une fluctuation du taux de change du pays ennemi&nbsp; […] toutes ces actions peuvent
    être rangées dans la catégorie des armements de conception nouvelle. […] Nous croyons qu’un beau matin les hommes découvriront avec surprise que des objets aimables et pacifiques ont acquis des
    propriétés offensives et meurtrières</span></em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;».</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La tendance n’est pas complètement nouvelle, et les auteurs rappellent ainsi que c’est par le trafic de l’opium mené à grande échelle que les britanniques eurent
    raison de la Chine au XIXème siècle – même si ce trafic fût</span> <em><span style="font-size: 10pt;">in fine</span></em> <span style="font-size: 10pt;">imposé deux fois par des moyens
    militaires. On peut penser en effet que quand la moitié des entreprises auront basculé leurs messageries et leurs flottes de téléphones sur des systèmes Google, elles seront à la merci de
    quiconque déciderait de mettre Google à son service.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Une autre chose est sûre, le souci de l’opinion conduit aujourd’hui à rendre opaque le jeu des conflits d’intérêts&nbsp;: «&nbsp;</span><em><span style=
    "font-size: 10pt;">ce qui différencie principalement les guerres contemporaines des guerres du passé, c’est que, dans les premières, l’objectif affiché et l’objectif caché sont souvent deux
    choses différentes</span></em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;». C’est ainsi que, pour les auteurs, la première intervention américaine contre l’Irak était sans doute avant tout motivée par
    des intérêts pétroliers, même si ce n’en était pas l’unique raison. La complexité des guerres nouvelles, leurs modalités multiples, conduit à rendre celles-ci bien moins visibles, et
    lisibles.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;">Retour sur l’évolution du champ de bataille.</span></b>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">L’avion ajouta une dimension nouvelle à l’espace de la guerre. Il fît évoluer la guerre d’un combat «&nbsp;plat&nbsp;»,&nbsp; retraçable sur des cartes, à des
    mouvements en trois dimensions. Aujourd’hui de nouvelles dimensions se sont ajoutées&nbsp;: l’espace des télécommunications, celui de l’opinion, la profondeur des mers, Internet, autant de lieux,
    ou de champs, dont le contrôle devient stratégique.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">De longs développements suivent sur la guerre moderne, qui peut être menée par un</span> <em><span style="font-size: 10pt;">hacker</span></em> <span style=
    "font-size: 10pt;">comme par un magnat de la finance ou des médias. Conclusion des auteurs&nbsp;: «&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">qui pourrait dire que Georges Soros n’est pas un
    terroriste financier&nbsp;?</span></em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;">Face à ces menaces nouvelles, les armées traditionnelles sont bien démunies et comparables à des dinosaures affrontant des souris.</span></b> <span style=
    "font-size: 10pt;">Ce que les américains ont appelé les opérations militaires autres que la guerre (Military Opérations Other Than War, MOOTW), prend une importance croissante. Pourtant, pour les
    auteurs, cette notion est encore trop limitée. Il s’agit, dans l’acception américaine, de poursuivre la guerre en utilisant au besoin des moyens civils. Pour les auteurs, c’est la guerre tout
    entière qui est devenue civile autant sinon plus que militaire. Ils opposent ainsi la notion d’opération de guerre non militaire, déjà datée, à celle d’opérations militaires autres que la guerre.
    Le lecteur est bien obligé de reconnaître que</span> <b><span style="font-size: 10pt;">la modernité conceptuelle se trouve ici indéniablement du côté chinois.</span></b>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;"><br></span></b>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il ne faut pas croire pour autant à un aveuglement américain. Sans que le concept en soit explicite, les manœuvres commerciales américaines sont dénoncées par les
    chinois comme de véritables armes de guerre, l’exemple le plus direct étant l’embargo meurtrier mené, dans le silence des opinions, contre l’Irak.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Même dans la conduite des opérations militaires classiques, des évolutions sont encore possibles. Les auteurs mentionnent ainsi la réforme du commandement militaire
    américain en période de combat&nbsp;: un seul chef commande l’ensemble des moyens engagés, quel que soit leur arme de rattachement, aviation, terre ou marine. Sur le terrain, selon les auteurs,
    l’hélicoptère a fait la preuve de sa supériorité sur les chars. Pour un lecteur ignorant tout de stratégie et de tactique militaire, le débat ne reste pas technique et les auteurs savent user de
    rappels historiques pour arriver à intéresser même le profane. On constate en tout cas que pas grand-chose des débats stratégiques au sein de l’armée américaine n’échappe aux auteurs.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La guerre hors-limites, ou généralisée, découle donc de ce constat&nbsp;: «&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">souvent, les menaces militaires ne sont
    plus les principaux facteurs influant sur la sécurité nationale</span></em><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;». Les financiers, les hackers, les Oussama Ben Laden, les sectes telles Aum, les
    trafiquants de drogue peuvent être plus dangereux que des armées ennemies. Face à cela,</span> <b><span style="font-size: 10pt;">on ne peut plus, selon les auteurs, faire reposer la sécurité
    nationale sur les seules forces militaires.</span></b>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;"><br></span></b>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Alors notamment que la plupart des guerres imaginées aujourd’hui par les armées qui souhaitent rester préparées, ressemblent à des combats de char dans les forêts,
    la prochaine guerre pourrait plutôt ressemble à quelque chose de très différent.</span> <em><span style="font-size: 10pt;">«&nbsp;Par exemple&nbsp;: alors que l’ennemi ne s’y attend pas du tout,
    l’assaillant mobilisera secrètement une masse de capitaux et lancera une attaque surprise contre ses marchés financiers&nbsp;; après avoir provoqué une crise financière, il opèrera une attaque de
    ses réseaux grâce à des virus implantés à l’avance dans les systèmes informatiques de l’adversaire et à l’intervention d’équipes de pirates informatiques. Il provoquera ainsi l’effondrement total
    du réseau électrique civil, du réseau de régulation des transports, du réseau de transactions boursières, des réseaux de télécommunications et des réseaux médiatiques, déclenchant une panique
    sociale, des troubles civils et une crise gouvernementale. Pour finir, une puissante armée massée aux frontières augmentera progressivement l’emploi des moyens militaires jusqu’à acculer l’ennemi
    à signer un traité sous la contrainte.&nbsp;»</span></em>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;">Le nouvel art de la guerre deviendra celui de la combinaison de tous les moyens, militaires et non-militaires, pour arriver à ses fins.</span></b>
  </p>
  <p>
    <b><span style="font-size: 10pt;"><br></span></b>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ceci dans un contexte rendu plus complexe encore par l’internationalisation croissante des problématiques, où l’état et son territoire ne sont plus les acteurs
    premiers – «&nbsp;</span><b><em><span style="font-size: 10pt;">seul un simple d’esprit comme Saddam Hussein a pu vouloir assouvir ses ambitions en occupant carrément un
    territoire</span></em></b><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;». Il ne faut pas croire que le phénomène est nouveau et les auteurs rappellent que depuis la guerre du Péloponnèse, la mise en
    commun des forces entre nations est la règle. La seule différence est qu’aujourd’hui les combinaisons et alliances s’effectuent à plusieurs niveaux simultanément&nbsp;: pluri-étatique - comme
    avant, supra-étatique, et hors-état (par le jeu des ONG). Un très bon exemple de bataille ultra-moderne, selon les auteurs, est la crise financière asiatique de 1997. Lorsque la crise éclata, le
    Japon proposa la création d’un fonds monétaire asiatique. Les Etats-Unis imposèrent l’action du FMI et posèrent leurs conditions au renflouement de la Corée. Ce détail, parmi de nombreux autres
    compose un paysage qui pourrait laisser croire que si les Etats-Unis n’ont pas sciemment provoqué cette crise, le déroulement des événements ressemble à ce que pourrait être une crise provoquée
    dans le cadre des guerres ultra-modernes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Parvenus à ce point, les auteurs jusque là suprêmement rationnels, entrent dans de longs développements d’abord peu convaincants&nbsp;: en effet, ils souhaitent
    convaincre que pour doser les moyens de la guerre, il convient de se référer au nombre d’or. Par exemple, ils avancent que les mongols ont envahi l’Occident grâce à des formations de deux
    cavaliers lourds pour trois légers (ratio de 2/3, proche du nombre d’or). On a du mal à les suivre sur ce terrain si on les prend au pied de la lettre. Mais ils redéfinissent ce principe du
    nombre d’or en un autre, plus compréhensible. A travers les exemples historiques qu’ils donnent, on comprend en quelques mots&nbsp;qu’il s’agit de faire d’un point faible une force (ou</span>
    <em><span style="font-size: 10pt;">principe latéral-frontal</span></em><span style="font-size: 10pt;">, dans lequel l’aspect secondaire, latéral, devient essentiel). Pour l’Allemagne en 1940,
    cela consistait à attaquer les armées alliées à partir d’un terrain défavorable&nbsp;: les Ardennes. En 1914, toujours pour l’Allemagne, le plan Schlieffen prenait le risque énorme d’engager 59
    divisions sur 68 en un seul point, n’en laissant que 9 en réserve.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Malgré ce principe latéral-frontal, adossé au nombre d’or, l’art de la guerre reste une œuvre incertaine, sans garantie de victoire. L’essentiel est de
    rester…machiavéliens, selon les auteurs, c'est-à-dire de subordonner les moyens à la fin que l’on s’est donnée.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">En conclusion, ils synthétisent en une dizaine de principes la révolution qu’ils perçoivent dans les affaires militaires, survenue depuis à peine une vingtaine
    d’années. On en ressort convaincu que les intellectuels férus de modernité devraient se pencher avec plus d’attention sur les questions militaires. Un livre hautement recommandable.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">addendum</span></em> <span style="font-size: 10pt;">: cherchant si les auteurs avaient publié d'autres ouvrages - apparemment non, je suis tombé sur la version
    américaine de l'ouvrage vendue sur Amazon. Le livre est présenté comme le "</span><a href=
    "http://www.amazon.fr/Unrestricted-Warfare-Chinas-Destroy-America/dp/0971680728/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=english-books&amp;qid=1266768689&amp;sr=8-1"><span style="font-size: 10pt;">plan de la
    Chine pour détruire l'Amérique</span></a><span style="font-size: 10pt;">", Chine qui aurait fomenté les attentats du 11 septembre. Tout cela parce que les auteurs, en une phrase, citaient, dans
    ce livre publié en 1999, une explosion au World-Trade Center ou des bombes posées par Ben Laden comme de nouveaux instruments de guerre. Il faut être simplet pour ne pas comprendre que ce livre
    est profondément pacifiste. Si véritablement les auteurs pensaient détenir, avec cet ouvrage, un plan contre l'Amérique, aurait-il été publié ?</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*<br></span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Voir un point de vue plus critique, reprochant aux auteurs - à mon avis trop rapidement - de brouiller la frontière entre conflit violent et "simple" concurrence
    entre nations :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><a href="http://www.infoguerre.fr/bibliographies/la-guerre-hors-limites/">http://armee-du-futur.over-blog.com/article-36095083.html</a><br></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 25 Feb 2010 09:06:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-la-guerre-hors-limites-qiao-liang-et-wang-xiangsui-45361322.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-la-guerre-hors-limites-qiao-liang-et-wang-xiangsui-45361322-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Premier combat, Jean Moulin]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-premier-combat-jean-moulin-39925583.html</link>        <description><![CDATA[<img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2009/moulin.jpg" class="noAlign" width="240" height="240"><span style="font-size: 10pt;">J'avais acheté ce livre en allant visiter le Panthéon, et
  l'avais oublié dans ma bibliothèque jusqu'à ce que la lecture de <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-daniel-cordier-alias-caracalla-38662891.html">Alias Caracalla</a> le rappelle à mon
  souvenir.<br>
  <br>
  Il s'agit d'un récit, par Jean Moulin, des quatre derniers jours des combats français, du 14 au 18 juin 1940.&nbsp;<br>
  <br>
  On y lit le récit des quelques jours et heures avant l'arrivée des allemands à Chartres, puis celui de leur installation. C'est sobre et factuel et ça se lit d'une seule traite.<br>
  <br>
  On a presque envie de conceptualiser une banalité du bien, symétrique de la banalité du mal. Le bien consiste juste pour un préfet à être en poste quand tous sont partis, à veiller à ce que
  quelqu'un continue à fabriquer du pain, à assurer le couchage de réfugiés venus en nombre transiter à Chartres en route vers le sud...<br>
  <br>
  On se remémore, en le lisant, les interrogations de Marc Bloch sur <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-3506635.html">les causes de la défaite</a>. L'armée n'a-t-elle pas trahi ? Par deux
  fois Jean Moulin croise des groupes de soldats prêts à en découdre mais désespérés de devoir sans cesse reculer sans jamais combattre.<br>
  <br>
  On lit aussi le récit de quelques exactions de l'armée allemande - une femme de 83 ans fusillée sous les yeux de sa fille pour avoir protesté contre l'occupation de sa maison. On se rappelle la
  phrase de Jean-Marie le Pen qui trouvât l'occupation allemande "correcte", et on se convainc à jamais, s'il est nécessaire, que cet homme et son parti sont inspirés de doctrines intolérables.<br>
  <br>
  Un dialogue presque surréaliste montre à quel point le combat était, dès juin 1940, idéologique.<br>
  <br>
  Quelques nazis entendent faire signer à Jean Moulin une déclaration attestant que des tirailleurs sénégalais ont assassiné une famille (tuée, en réalité, par des bombardements) :<br>
  <br>
  <em>Jean Moulin : Quelles preuves avez-vous que les tirailleurs sénégalais sont passés exactement à l'endroit où vous avez découvert les cadavres ?<br>
  <br>
  Le nazi : on a retrouvé du matériel abandonné par eux.<br>
  <br>
  Jean Moulin : Je veux bien le croire. Mais en admettant que des troupes noires soient passées par là, comment arrivez-vous à prouver leur culpabilité ?<br>
  <br>
  Le nazi : Aucun doute à ce sujet. Les victimes ont été examinées par des spécialistes allemands. Les violences qu'elles ont subies offrent toutes les caractéristiques des crimes commis par des
  nègres.<br>
  <br>
  Malgré l'objet tragique de cette discussion, je ne peux m'empêcher de sourire :</em></span> <span style="font-size: 10pt;"><em>"les caractéristiques des crimes commis par des nègres." C'est tout ce
  qu'ils ont trouvé comme preuves !...<br>
  <br></em> Plus loin les nazis ont commencé à torturer Moulin (à la suite de cette séance, il tentera de se suicider) Moulin explique qu'il est resté à Chartres par ordre <em>"de mon chef, le
  ministre de l'Intérieur. C'est alors mon bourreau n°1 qui intervient, dans un état de surexcitaion considérable : "Ah ! vous osez parler de votre chef ! Vous osez parler du juif Mandel ! De cet
  immonde juif qui a voulu déchaîner la guerre contre l'Allemagne ! De ce pourceau de juif vendu aux Anglais ! Avouez, avouez, que vous êtiez à la solde de ce sale juif..." Je rectifie : "Pas à la
  solde, sous les ordres..." Et il poursuit avec fureur : "vous êtes un pays dégénéré, un pays de juifs et de nègres..."</em><br>
  <br>
  Voilà de quoi inciter à rester prudent : souvent Hitler et les nazis sont apparus pour ce qu'ils étaient, de sinistres bouffons, au discours risible de bêtise. Parfois la bêtise prend le pouvoir et
  le pouvoir ne l'assagit pas.<br>
  <br></span>
  <div style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </div><span style="font-size: 10pt;"><br>
  Aujourd'hui, mais cela n'a rien à voir, le ministère de l'identité nationale <a href="http://www.debatidentitenationale.fr/IMG/pdf/Pour_aller_plus_loin.pdf">s'interroge dans un document
  officiel</a> : "<em>Pourquoi la question de l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ?</em>"<br>
  <br></span>
  <div style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </div><span style="font-size: 10pt;"><br>
  Courez lire Jean Moulin, je suis sûr qu'il ne se posait pas cette question. Il aurait préféré organiser une <a href=
  "http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=92:1942-1943-jean-moulin-rencontre-matisse-et-bonnard&amp;catid=12">exposition de peinture</a>.<br>
  <br>
  <br>
  <br>
  <br>
  <br></span><br>
  <br>
  <br>]]></description>
        <pubDate>Mon, 23 Nov 2009 22:12:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-premier-combat-jean-moulin-39925583.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-premier-combat-jean-moulin-39925583-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Daniel Cordier, Alias Caracalla]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-daniel-cordier-alias-caracalla-38662891.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2009/cordier.jpg" alt="null" title="null" class="GcheTexte" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" height="240" width="240">
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Jean Moulin est mort et après avoir lu ce livre on a l'impression d'avoir perdu un ami. C'est sans doute le plus bel hommage que Daniel Cordier pouvait lui rendre.
    La Gestapo n'a pas fait tuer que le chef de la Résistance en France, elle a torturé un homme courageux, amateur d'art et de peinture, lecteur assidu, républicain pas tiède.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Après ces plus de 900 pages, l'impression qui reste est celle d'une oeuvre très originale.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; Cordier a déjà écrit deux biographies de Jean Moulin, l'une en trois tomes et l'autre abrégée. Ici, pas de mise en perspective, pas de recul apporté par
    l'histoire : il s'agit du quotidien de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, de juin 1940 à juin 1943. L'histoire s'arrête après l'arrestation de Moulin, comme si le quotidien de Daniel
    Cordier n'avait été qu'un décor pour la vie du grand homme, sans utilité par la suite. &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La méthode du journal a l'avantage de plonger le lecteur dans le bain de l'histoire à la même vitesse que le personnage : du jeune étudiant bordelais en révolte
    contre l'ordre (républicain) établi, au soldat à l'entraînement sur le sol britannique puis au secrétaire plongé au coeur des querelles internes à la résistance, tout s'enchaîne assez
    vite.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">On est donc longtemps décontenancé par les querelles entre les diverses branches de la Résistance. D'autant plus qu'on a auparavant découvert l'infinie misère du
    quotidien des résistants : rendez-vous à l'aube, relevé de boites aux lettres incessants, rencontres à la sauvette. La trivialité semble dominer dans les tâches de tous les jours.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pourtant, Cordier est précis et l'on finit par se repérer dans les conflits internes aux forces résistantes, et à comprendre en quoi ils reflètent également les
    querelles qui sont faites, notamment par les américains, à de Gaulle.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">On rencontre Raymond Aron en camp d'entraînement en 1940 (furieusement antigaulliste dès 1940) et des anonymes extrêmement divers, des communistes aux maurassiens :
    la défaite a fait réagir de façon similaire des gens opposés. En sens inverse, Cordier résistant retrouvera brièvement d'anciens amis maurassiens, devenus miliciens au service de l'occupant.
    Belle leçon sans doute sur les limites des étiquettes partisanes. &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Cela donne par exemple un dialogue qui confine au surréalisme, au camp de Delville, en Angleterre, qui prépare au combat les premiers</span> <em><span style=
    "font-size: 10pt;">free French</span></em> <span style="font-size: 10pt;">:</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">"</span><em><span style="font-size: 10pt;">Au cours de la conversation, je lui demande s'il connaît</span></em> <span style="font-size: 10pt;">Bécassine au Pays
    Basque</span><em><span style="font-size: 10pt;">. Cette bande dessinée poétique était le mythe de mon enfance. Sur le lit, en face de moi, Léon, un jeune paysan breton affairé à lustrer ses
    chaussures en chantonnant, se redresse au nom de Bécassine et m'apostrophe vivement : " Qu'est-ce qu'elle t'a fait Bécassine ? Elle t'emmerde !" Je proteste, mais il réplique avec violence : " Tu
    as tort de croire que les Bretons sont des cons, ils sont plus intelligents que toi.</span></em>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">- Je n'ai jamais dit ni pensé que les Bretons ne sont pas intelligents.</span></em>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">- Tu parles de Bécassine, c'est la même chose. Tu méprises les Bretons, c'est une invention de Juifs comme toi pour ridiculiser les Bretons ! Les Bretons vous
    emmerdent, et ils vous le prouveront.</span></em>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">- Mais je ne suis pas juif.</span></em>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">- Peut-être, mais tu es parisien, c'est la même chose. On vous aura.</span></em><span style="font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Conclusion désabusée de Cordier : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">Jamais plus durant la guerre je n'évoquerai ma chère
    Bécassine...</span></em><span style="font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Donc en 1940, Cordier part de loin : antisémite d'extrême-droite, il s'enrôle dans la France libre néanmoins. Il termine la guerre républicain et sensible aux
    idées de gauche. Il doit cette conversion progressive</span> <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-l-etoile-jaune-38664939.html"><span style="font-size: 10pt;">au choc de situations
    odieuses</span></a><span style="font-size: 10pt;">, mais aussi à de multiples discussions, y compris avec Jean Moulin, républicain et franc-maçon, qui a été collaborateur de Pierre Cot, ministre
    du Front populaire.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ce que l'on aime dans ce livre c'est qu'au coeur des tensions les plus extrêmes, incertains de leur avenir, Cordier et Moulin, devenus non pas amis, Moulin étant
    plus âgé que Cordier, mais proches, se passionnent pour des sujets autres. Ainsi, Moulin offrant un ABC de la peinture à Cordier : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">Les écrits des
    peintres sont inestimables. Même quand ils esquissent une théorie, c'est le fruit de leur expérience. Sérusier a vécu à Pont-Aven, et Gauguin lui doit tout. Ca crève les
    yeux</span></em><span style="font-size: 10pt;">".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Plus tard.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Moulin : ".</span><em><span style="font-size: 10pt;">..Les grands artistes de l'art moderne nous aident à déchiffrer le monde dans lequel nous vivons. A Paris, nous
    avons la chance d'être les contemporains de Braque, Kandinsky, Matisse, Mondrian, Picasso. Si nous voulons comprendre notre époque, il faut regarder leurs oeuvres.</span></em><span style=
    "font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Cordier : "</span><em><span style="font-size: 10pt;">Ses propos me laissent perplexes : quel plaisir peut-on éprouver à avoir chez soi des oeuvres bâclées
    ?</span></em><span style="font-size: 10pt;">"&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Tant et si bien que lecture faite, c'est bien sûr un grand livre sur la guerre, sur la Résistance, sur la politique en France avant et après la guerre. Il en reste
    surtout l'impression d'un monument amical à Jean Moulin. Une grande réussite.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; Lire aussi la note de lecture du toujours intéressant <a href="http://michelvolle.blogspot.com/2009/07/commentaire-sur-alias-caracalla-de.html">Michel Volle</a>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 03 Nov 2009 01:25:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-daniel-cordier-alias-caracalla-38662891.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-daniel-cordier-alias-caracalla-38662891-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Jürgen Habermas, Sur l'Europe]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-jurgen-habermas-sur-l-europe-38432278.html</link>        <description><![CDATA[<img width="192" height="266" class="noAlign" src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2009/habermas.jpg">
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Lecture très intéressante que ce recueil de trois articles sur l’Europe, rédigés par Habermas peu avant et peu après le référendum de 2005.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;"><span style="font-size: 10pt;">*</span></span>
  </p>
  <p>
    <em><span style="font-size: 10pt;">Parenthèse : je me suis fait traiter amicalement, il y a peu, de « vétéran de 2005 » . Peut-être faudrait-il « dépasser » ce conflit dans un grand geste de
    décrispation pour penser à autre chose. Sauf que si l’on voit l’adoption du traité qui a fait suite au référendum perdu comme une faute contre la démocratie, on ne peut accepter que la page soit
    simplement tournée sans autre formalité. Fin de la parenthèse.</span></em>
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;"><span style="font-size: 10pt;">*</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Habermas est un homme, à la lecture de ces pages, d’une grande lucidité et d’une grande honnêteté. C’est pourquoi on peine au final à comprendre son soutien à la
    construction européenne, sauf à y voir la marque d’un aveuglement scientiste.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;"><span style="font-size: 10pt;">*</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Commençons d’abord à comprendre en quoi il analyse lucidement les impasses de la construction européenne.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sa réflexion commence avec une double question : «</span> <em><span style="font-size: 10pt;">En quoi d’une part une identité européenne est-elle nécessaire ?
    D’autre part, est-il tout simplement possible d’élargir au même rythme que l’Union la solidarité civique transnationale ?</span></em> <span style="font-size: 10pt;">»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;"><span style="font-size: 10pt;">*</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Nécessaire veut dire qu’elle est à construire. Pas à constater. Contrairement à ce qu’ont écrit de fort nombreux chantres de l’Europe éternelle, il n’y a pas, pour
    Habermas, d’identité européenne ("</span><em><span style="font-size: 10pt;">on ne peut que répondre négativement à la question de savoir s'il existe aujourd'hui un semblant d'identité
    européenne</span></em><span style="font-size: 10pt;">").</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pourquoi construire alors ce qui n’existe pas ?</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">L’identité européenne est nécessaire pour surmonter l’impasse d’une construction fonctionnaliste de l’Europe. Selon Habermas, la construction européenne telle
    qu’elle a fonctionné depuis 1957 repose sur un modèle épuisé. Il s’agissait, selon Monnet et ses descendants, de créer des institutions qui décident au niveau européen pour les grands problèmes.
    De fil en aiguille, les problèmes les plus divers devaient se résoudre à l’échelle européenne, créant une vision européenne des choses. C’est la théorie des petits pas.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pour Habermas, c’est fini, pour trois raisons :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">1. L’élargissement va faire advenir plus fréquemment des décisions qui s’imposeront malgré la volonté d’états qui auront été mis en minorité, à rebours du
    fonctionnement plus consensuel antérieur. Ce sera très difficile à accepter ;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">2. Ce sera d’autant plus difficile à accepter que l’intégration des pays de l’Europe de l’est va nécessiter des financements massifs de ces pays et exiger des
    efforts financiers importants de pays habitués à un fonctionnement budgétaire plus équilibré au sein de l’Union ;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">3. La mondialisation imposerait que l’Union européenne s’affiche comme puissance mondiale et change d’échelle.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les deux premières raisons sont pragmatiques : le constat est que les choses deviennent plus complexes. La troisième raison est toute volontariste : il faut
    construire l’Union parce que le monde a besoin d’un contrepoids à la toute-puissance américaine – même si Habermas n’emploie jamais ce terme, il laisse entendre que cette notion de contrepoids a
    sa sympathie.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il y a un autre point qui gêne Habermas dans la situation actuelle. On sent que la fin de la construction européenne telle qu’elle s’est faite jusqu’ici devient une
    obligation morale, tant il est insupportable que Bruxelles puisse sans contrôle décider dans tant de domaines : «</span> <em><span style="font-size: 10pt;">on assiste à une mise en réseau des
    politiques nationales qui ne peut pas continuer de se faire sur la base de la légitimation actuelle, beaucoup trop étroite et trop peu démocratique.</span></em> <span style=
    "font-size: 10pt;">»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">De fait, il faut construire une identité européenne parce que sans identité commune, pas de démocratie. Il devient donc urgent, pour Habermas, de démocratiser la
    construction européenne. Contrairement à nombre d’auteurs qui se contentent de souligner l’évidence d’un « déficit démocratique » pour passer aussitôt à autre chose, Habermas s’étend sur ce sujet
    (à mon sens, dans les deux sens du terme...)</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Par quoi donc remplacer l’identité ? La solution de Habermas n’est pas limpide. C’est une sorte de solidarité mécanique qu’il appelle de ses vœux («</span>
    <em><span style="font-size: 10pt;">il s’agit d’abord de savoir quelles conditions il faut remplir pour que les citoyens puissent accroître la solidarité civique par delà les frontières des états
    en poursuivant un but d’inclusion mutuelle.</span></em> <span style="font-size: 10pt;">»)</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il n’en appelle pas à un patriotisme constitutionnel qui serait insuffisant. Il demande un découplage provisoire entre un champ constitutionnel qui serait élargi à
    plusieurs états, et les états pris individuellement. Une sorte de spirale dans laquelle l’identité se construit au fur et à mesure d’un débat politique élargi au dehors du cadre national, par
    cette disjonction provisoire entre espace constitutionnel et état. On retrouvera la démocratie à la fin. Ce qui est un peu incohérent c'est qu'il semble retrouver ainsi la démarche des petits
    pas. Ce qui est encore plus incohérent c'est qu'il en appelle à un grand référendum européen sur la démocratie, comme si un peuple et une identité européenne existaient déjà, ce qu'il rejette
    précisément. Laissons ce paradoxe pour la fin.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ce qui est certain, c’est que c'est la démocratie et seulement elle qui permettrait la poursuite de la construction européenne : «</span> <em><span style=
    "font-size: 10pt;">la question n’est donc pas de savoir s’il « y a » une identité européenne, mais si les arènes nationales peuvent s’ouvrir suffisamment les unes aux autres afin que puisse se
    développer, au-delà des frontières nationales, une dynamique spécifique de formation commune de l’opinion et de la volonté politique sur des sujets concernant l’Europe. Les européens ne peuvent
    aujourd’hui acquérir une compréhension politique d’eux-mêmes qu’en s’appuyant sur des processus démocratiques, et bien sûr aussi en se démarquant, de façon constructive, des citoyens des autres
    continents</span></em> <span style="font-size: 10pt;">».</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’Union européenne ne prend pas le chemin d’une construction démocratique. Il suffit de lire</span> <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-sur-le-referendum-europeen-de-2005-en-france-38111139.html"><span style="font-size: 10pt;">ce que Habermas écrit sur le référendum français</span></a>
    <span style="font-size: 10pt;">pour comprendre que l’homme, et c’est à son honneur, ne se fait pas une mince idée de la</span> <em><span style="font-size: 10pt;">vox
    populi</span></em><span style="font-size: 10pt;">.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il se fait alarmiste même, et vindicatif à l'égard des tenants de la construction européenne : «</span> <em><span style="font-size: 10pt;">…les élites politiques
    feraient bien de réfléchir aux limites d’un mode de gestion bureaucratique. Le temps est venu qu’ils définissent les conditions dans lesquelles la question controversée de la finalité de la
    construction européenne pourra tout simplement être débattue par les citoyens eux-mêmes comme un thème constitutif de leur identité politique européenne, ouvrant sur des perspectives
    d’avenir.</span></em> <span style="font-size: 10pt;">»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Qu’est-ce qui retient Habermas de rejeter la construction européenne, finalement. Une sorte de scientisme positiviste à mon sens. Son principal argument pour
    l’Europe – dans ce livre - est celui-ci «</span> <em><span style="font-size: 10pt;">les sciences politiques et sociales ont analysé sans détour ni parti-pris le phénomène ; leur constat est très
    clair : les capacités défensives de l’Etat-nation pris isolément ne suffisent pas à maintenir le statu quo à l’intérieur de ses frontières – que ce soit du point de vue de l’Etat de droit, du
    point de vue démocratique, mais surtout du point de vue social – qu’à garantir la sécurité de sa propre population vis-à-vis de l’extérieur.</span></em> <span style="font-size: 10pt;">»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Si les sciences politiques et sociales ont établi, à quoi sert finalement la démocratie ?</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">A ma connaissance, et bien au contraire, rien ne prouve cela et je serais curieux de connaître les références qui prouvent indubitablement que le Canada,
    l’Australie, le Japon ou la Corée du sud sont voués à la faillite. A croire que Habermas est un philosophe politique de très haut niveau, parfaitement honnête et conséquent dans sa discipline,
    mais qu’il se repose un peu trop rapidement sur ses collègues des «</span> <em><span style="font-size: 10pt;">sciences politiques et sociales</span></em> <span style="font-size: 10pt;">».</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">On a donc, avec les thèses de Habermas sur l'Europe,</span> <strong><span style="font-size: 10pt;">un double paradoxe</span></strong> <span style=
    "font-size: 10pt;">à mon avis :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">1. Il récuse l'existence d'une identité européenne aujourd'hui, socle d'une véritable démocratie, mais réclame un vote à travers toute l'Europe sur une
    démocratisation de l'Union européenne, comme si cette identité européenne existait déjà ;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">2. Il fait de la démocratie le coeur de la vie politique, à juste titre, mais soutient l'Europe - qui menace la démocratie selon ses propres termes - au nom de la
    science.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Je me disais, en ouvrant ce livre, que si une personne pouvait justifier la construction européenne, c'était bien Habermas. Il n'y arrive pas à mon sens. Impossible
    tâche en réalité.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">En tout cas, quand il pointe le mépris pour la démocratie dont témoignent les « élites politiques » aux commandes de la construction européenne, tout en faisant de
    la démocratie le seul critère de la construction d’une union européenne viable, il établit un point fort : lorsque l’Union européenne se disloquera, ce sera par la faute de ses partisans, non de
    ceux qui tiennent avant tout à la démocratie.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 29 Oct 2009 23:12:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-jurgen-habermas-sur-l-europe-38432278.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-jurgen-habermas-sur-l-europe-38432278-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Oliver Ferrand, l'Europe contre l'Europe]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-36956063.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 10pt;"><img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2009/europe_ferrand.jpg" class="noAlign" width="240" height="240">Olivier Ferrand est le patron de la fondation
    Terra Nova, <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Think_tank">think tank</a></em> progressiste <a href="http://www.tnova.fr/index.php/mecenes">sponsorisé</a> par Microsoft, le gouvernement
    américain et la Caisse des dépôts. On va donc progresser mais sous contrôle... (lire ici <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-19525243.html">comment je n'ai pas participé à Terra
    Nova</a>).<br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Moins de vingt lignes après le début de son ouvrage, Olivier Ferrand renvoie les nonistes à leur rôle de menteurs. Il est en 2005, plaidant en <em>meeting</em> la
    cause du «&nbsp;oui&nbsp;» à Calais&nbsp;: <em>«&nbsp;à la fin du débat, un petit groupe de l’assistance vient me voir discrètement</em> <b><span style="font-size: 8pt;">[le noniste est craintif,
    voire couard]</span></b><em>&nbsp;: «&nbsp;Est-ce que c’est vrai ce que vous avez raconté&nbsp;?&nbsp;» Oui, la Constitution n’est pas cette abomination que les «&nbsp;nonistes&nbsp;» vous
    décrivent&nbsp;»</em>.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">On croirait lire un récit d'évangélisation d'un village africain par un explorateur blanc, vers la fin du XIXème. Olivier Ferrand détient donc la vraie vérité sur
    la construction européenne et les nonistes mentent, tel est le fond de la "pensée" de l'auteur.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="color: #ffffff;"><span style="font-size: 10pt;">*</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffffff;">*</span><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Malgré ce début peu prometteur, il est intéressant de suivre Ferrand dans sa critique de la construction européenne.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Premier point positif&nbsp;: il est clair avec l’objectif de la construction européenne, il s’agit de construire un état fédéral. Pas de périphrase ni de tentative
    de convaincre que l’Union est un objet <em>sui generis</em>, &nbsp;Ferrand veut un état européen et il l’écrit. On sait à quoi s’en tenir et c’est un premier pas intéressant.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ferrand reconnaît également que la construction européenne s’est faite, pour l’essentiel, dans le silence des bureaux. A le lire, c’est cette méthode qui a été
    rejetée lors du référendum («&nbsp;<em>Les européens […&nbsp;] ont la parole pour la première fois sur l’Europe, ils s’en saisissent pour juger l’Europe dans son ensemble. Les référendums sur les
    traités modificatifs se transforment en plébiscites sur l’Europe</em>&nbsp;»).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Voilà qui tranche agréablement avec l’antienne qui voudrait qu’en 2005 les électeurs aient voté contre Jacques Chirac&nbsp;: c’est la construction européenne
    elle-même qui a été rejetée en 2005, au moins dans ses modalités, selon Olivier Ferrand.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il écrit d’ailleurs ceci&nbsp;: «&nbsp;<em>Lorsque les citoyens dénoncent une «&nbsp;Europe technocratique&nbsp;», ce n’est pas du populisme. Ils ont tout
    simplement raison, ils défendent la démocratie</em>&nbsp;». Plus loin&nbsp;: «&nbsp;<em>la Commission […] rend plus compte de son action aux industriels, structurés en lobbies à Bruxelles, qu’aux
    citoyens, qui n’ont pas accès à elle car elle n’est pas élue – elle n’a pas, elle, de circonscription électorale.</em>&nbsp;»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Même le coût de l’Union européenne en matière économique est évoqué&nbsp;: «&nbsp;<b><em>il y a une réalité que l’on mentionne rarement, car elle est désagréable à
    entendre&nbsp;: l’Union est tout simplement la zone du monde où la croissance est la plus faible.</em></b>&nbsp;»</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Mieux, Ferrand entonne, comme nombre de partisans de la construction européenne, un hymne au modèle social européen&nbsp;: de fait, les nations européennes ont su
    construire des modèles économiques où l’intérêt social est mieux préservé qu’ailleurs.&nbsp; Il explique ensuite cependant que les politiques de libéralisation européenne mettent en jeu ce modèle
    social («&nbsp;<em>L’Europe ne porte pas le modèle européen&nbsp;; pire elle le menace</em>&nbsp;»). Il ne réitère donc pas la faute de <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-2553997.html">Dominique Meda et Alain Lefèvre</a> évoquant un hypothétique modèle social européen…</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pourquoi un tel échec de la construction européenne&nbsp;? D’après Olivier Ferrand, l’<b>absence totale de résultats</b> est dûe au fait qu’une classe trop
    importante à Bruxelles a intérêt à poursuivre dans un mode de gestion opaque, élitiste et technocratique. Il en appelle contre cela à un sursaut démocratique.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><b>Trois scenarios</b> sont pour lui envisageables. Le premier : la construction européenne s’arrête au point où elle est aujourd’hui parvenue. Nice ou Lisbonne,
    elle ne progressera plus. C’est selon lui l’issue la plus probable. Il oublie cependant que la construction européenne étant l’excuse la plus courante pour supporter toutes les turpitudes
    européennes et les sacrifices faits à Bruxelles, on peut se demander si l’arrêt ne provoquerait pas immédiatement un – salutaire – recul. Peut-on par exemple constater longtemps que l’Union
    européenne a la plus faible croissance mondiale et ne pas vouloir la fin de l’euro&nbsp;? Ferrand n’intègre cependant pas de scénario «&nbsp;éclatement de l’Union européenne&nbsp;». Je crois
    qu’il a tort, et pas seulement parce que je souhaite ce scénario.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il envisage un deuxième scénario, qui verrait l’Union européenne devenir «&nbsp;démocratie-monde&nbsp;» (si on suit sa démonstration, on devrait plutôt évoquer
    <b>une «&nbsp;technocratie-monde&nbsp;»</b>). L’Union s’élargirait au maghreb, aux Etats-Unis et au Canada, à la Turquie. On voit mal cependant pourquoi les Etats-Unis accepteraient de se plier
    au modèle européen alors qu’ils ont si confortablement plié l’Europe au leur, notamment via l’OTAN.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le scénario préféré de Ferrand est l’avènement d’un état fédéral européen. Pour lui, le couronnement fédéral de l’Europe viendra du Parlement. Soit parce que le
    Parlement européen fera jouer l’article 17 du Traité de Lisbonne, qui lui donne la capacité politique de forcer le Conseil européen à présenter un candidat à la présidence de la Commission. Soit
    parce que même en l’absence de ratification du TCE-bis, le Parlement pourrait effectuer une sorte de coup d’état en imposant le choix du Président de la Commission (le livre a été écrit avant la
    réélection de Barroso grâce au Parti socialiste européen). Petit problème s’il devrait en être ainsi&nbsp;: le Traité de Lisbonne n’a jamais été présenté comme un pas supplémentaire vers une
    Europe fédérale. Qu’une Europe fédérale voit le jour avec ou sans le traité, dans les deux cas elle aura été imposée par un coup d’état.</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le livre de Ferrand pourrait marquer un tournant&nbsp;: même parmi les partisans de l’Union, la réalité impose de constater que l’Union européenne a la pire
    croissance du monde, est une structure technocratique soumise aux lobbies industriels et qu’elle conduit à une destruction des services publics. Pour cela, le livre est utile et important. Savoir
    ensuite pourquoi ces partisans s’accrochent à la construction européenne est une autre question, qui relève de la psychopathologie.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">**</span>
  </p>
  <p>
    <span style="text-decoration: underline;"><b>Addendum</b></span> <span style="text-decoration: underline;"><b><span style="font-size: 10pt;">: de l'utilisation mensongère de la notion de
    <em>souverainisme</em></span></b></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ferrand brandit à plusieurs reprises l’épouvantail du «&nbsp;souverainisme&nbsp;». Qu’est-ce que le souverainisme (qu'il ne définit pas) ?</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Un concept inventé pour dénigrer les opposants à la construction européenne. Les souverainistes sont les opposants à la construction européenne inexcusables et
    irrécupérables.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les autres opposants sont ceux auxquels Ferrand est prêt à concéder que l’Union a quelques défauts et que, nonobstant quelques os à ronger, il espère les ramener
    sur le droit chemin.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pas de chance, il commence par mentir et tenir un discours incohérent. Dire tout à la fois que l’on est pour un état fédéral européen et contre les souverainismes
    revient à vouloir marquer des frontières avec du vent.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><b>S’il doit y avoir un jour un état européen, sa caractéristique première, la marque de sa forme étatique, sera d’être souverain.</b> Ferrand fait donc du
    souverainisme la pire des fautes politiques, celle que l’on ne discute même pas, tout en défendant un souverainisme européen.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pas si intelligent que ce qu’il croit, ou juste aussi menteur qu’un noniste&nbsp;? Je penche pour la deuxième solution. Lorsqu’il fait d’Airbus un exemple éclatant
    des réussites européennes, il s’arrange avec <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-4249138.html">la réalité d’un projet</a> qui est intégralement interétatique. Lorsqu’il vante <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-2983348.html">les mérites du projet Galileo</a>, européen cette fois-ci, il oublie de rappeler que l’ambition d’une indépendance européenne par rapport aux
    USA a été enterrée.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="text-decoration: underline;"><b><span style="font-size: 10pt;">Lire aussi, quelques citations extraites de cet ouvrage :</span></b></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La privatisation de la Poste, <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-36578799.html">oui c'est la faute à l'Europe</a></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">L'Europe <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-36579699.html">n'intéresse plus personne</a><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Un <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-36560132.html">bricolage historiographique</a> douteux sur l'Europe éternelle</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-36580723.html">fédéralisme européen dans le traité de Lisbonne</a></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><a href="http://www.lalettrevolee.net/article-36580723.html"><br></a></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 04 Oct 2009 20:19:00 +0200</pubDate>        <guid >http://www.lalettrevolee.net/article-36956063.html</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-36956063-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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