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    <title><![CDATA[La lettre vol&eacute;e, politique, lectures, Europe et humeurs diverses (Essais / Histoire)]]></title>
    <link>http://www.lalettrevolee.net/categorie-210205.html</link>
    <description>Les derniers articles publiés dans la catégorie &quot;Essais / Histoire&quot; du blog &quot;La lettre vol&amp;eacute;e, politique, lectures, Europe et humeurs diverses&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
    
    <pubDate>Tue, 14 Feb 2012 01:20:06 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Tue, 14 Feb 2012 01:20:06 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.lalettrevolee.net</copyright>            <category>Essais / Histoire</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Mourir pour le yuan, Jean-Michel Quatrepoint]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-mourir-pour-le-yuan-jean-michel-quatrepoint-98280843.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 12pt;"><img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2012/yuan.jpg" class="GcheTexte" width="300" height="300" alt="yuan.jpg">Sous-titre : <em>comment éviter une seconde
    guerre mondiale...</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Intro :</strong> un rappel, la première guerre mondiale a été précédée d'une mondialisation des échanges très forte, qui a pu faire croire à une
    interconnexion des économies si dense qu'elle rendait toute guerre impossible.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Premier chapitre</strong> : comment la <strong>Chine</strong> a été victime, au XIXème, d'une conversion au libre-échange imposée par les armes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Chapitre deuxième :</strong> comment la Chine s'est redressée depuis Mao.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Je passe rapidement. C'est factuel mais très bien fait.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Quatrepoint rappelle que les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_du_Plaza" target="_blank">accords du Plaza</a> en 1958, réévaluant le yen, ont donné le
    signal du déclin de l'économie japonaise. Les chinois ont appris la leçon et ne se laisseront pas imposer une réévaluation du yuan.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Dans les chapitres suivants, on suit la stratégie de développement chinoise, qui permet au pays de dépasser les Etats-Unis dans le domaine des supercalculateurs en
    2010. On lit aussi que la Chine fera bénéficier General Electric de ses compétences en matière de train à grande vitesse.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Une foule d'exemples montrent que la Chine a une politique de développement réfléchie, qu'elle mène brillamment - même si des cahots peuvent se produire, comme les
    accidents de TGV.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Tout cela amène le pays à amasser des réserves de change importantes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">De l'autre côté, les <strong>Etats-Unis</strong> fournissent un contre-exemple stratégique, celui d'une nation à la direction hésitante.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">Quatrepoint montre que les hésitations commencent à se faire nombreuses aux USA sur le bien-fondé des politiques de type
    "la tête et les jambes". Dans ce cadre conceptuel, les Etats-Unis sont le "cerveau" du monde et la Chine l'atelier. Cela conduit à une situation où Apple n'a que 25 000 salariés aux Etats-Unis
    pendant que Foxconn, en Chine, en emploie 250 000 pour le compte d'Apple.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Andy Grove, ex Pdg d'Intel, a <a href="http://www.businessweek.com/magazine/content/10_28/b4186048358596.htm" target="_blank">critiqué ce modèle</a>, qui conduit à
    terme à laisser la valeur ajoutée et les emplois quitter les Etats-Unis, notamment parce que l'innovation se joue aussi dans les process de production. Progressivement c'est Foxconn qui en saura
    plus qu'Apple sur les technologies qui font, encore aujourd'hui, le succès d'Apple.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le poids des lobbies empêche cependant toute réaction américaine forte. L'actionnariat des grands groupes bénéficie à plein des délocalisations, tout comme le
    système financier.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">L'<strong>Allemagne</strong> est également abordée. Quatrepoint en fait une petite Chine, qui mène une stratégie d'accumulation d'excédents commerciaux grâce à la
    paralysie de ses concurrents européens, empêchés de compenser leur inflation supérieure par des dévaluations. L'Allemagne exporte maintenant plus de fromages que la France.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le succès de la stratégie allemande pourrait encourager l'Allemagne, selon l'auteur à vouloir sortir de l'euro, en tout cas, il la rend indifférente à l'arrêt de la
    construction européenne.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">La <strong>stratégie française</strong> là dedans ? Pour JMQ, elle a échoué : il s'agissait de faire de l'Europe une France en plus grand (c'est plutôt l'Allemagne
    qui réussit cette stratégie là, sans l'avoir voulu). Au lieu de cela, la France a beaucoup perdu dans la construction européenne, et rien gagné (c'est ma conclusion, JMQ ne se prononce pas sur le
    bilan global de l'UE).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Paradoxe</strong> : un très bon bouquin, qui ne m'a pas appris grand chose. Disons que j'ai eu l'impression d'approuver à peu près toutes ses orientations
    (sauf des critiques imméritées sur les 35 heures), donc pas de surprise (gage pourtant d'une lecture intéressante) mais une foule de détails bien vus.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Détail bien vu : Le titre "mourir pour le yuan" est survendeur. Il faut déduire de la situation de déséquilibres macroéconomiques décrits par l'auteur que les
    conflits deviennent probables. Il ne va cependant pas jusqu'à indiquer des scenarii géopolitiques, on reste dans l'économie assez largement, avec quelques rappels historiques. Quatrepoint note
    quand même que, d'ores et déjà, dans un monde déséquilibré, le nombre de destinations touristiques diminue. Par crainte de troubles sociaux, le touriste occidental voit son choix de destinations
    réduit (le lecteur de <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-34811918.html" target="_blank">Zygmunt Bauman</a> appréciera).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Autre passage très bien vu : "<em>La notion de filière industrielle est plus que jamais d'actualité. L'aéronautique, l'espace, le nucléaire font vivre des centaines
    de PME souvent détentrices d'un savoir-faire de haute technologie. Derrière de grandes entreprises foisonne un tissu entreprenurial qui irrigue le territoire. Qu'un de ces géants vienne à
    défaillir, change d'actionnaires ou de stratégie, et c'est toute une filière qui s'effondre avec des dizaines de milliers d'emplois qualifiés qui s'évaporent, un savoir-faire qui disparaît, des
    exportations qui se transforment en importations. On ne dira jamais assez la catastrophe qu'ont été l'absorption de Péchiney par Alcan ou la vente d'Arcelor à Mittal. Au delà de ces entreprises,
    ce sont des filières entières qui s'évanouissent.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Un très bon bouquin qui sait inscrire des données macroéconomiques dans des stratégies nationales. On a bien souvent l'impression que les performances économiques
    des uns et des autres sont comme des données météo. Quatrepoint montre bien en quoi elles résultent de stratégies (ou d'absence de stratégies) qui ont leur cohérence.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 09 Feb 2012 01:00:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">490657e836ca482d453163dce3f98c13</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-mourir-pour-le-yuan-jean-michel-quatrepoint-98280843-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Pascal Boniface, les intellectuels faussaires]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-pascal-boniface-les-intellectuels-faussaires-97091277.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><img width="300" height="300" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" class="GcheTexte" alt="pb.jpg" src=
    "http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2012/pb.jpg">Pascal Boniface est un universitaire membre du PS, spécialiste de questions internationales - et qui a subi une polémique injuste pour une note
    sur Israël - <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Boniface" target="_blank">cf. wikipedia</a>.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Passionné par son sujet, il supporte mal la place éminente occupée par des experts qu'il juge bien peu fiables. Il invoque Nizan et Jean Bothorel pour justifier son
    travail de dénonciation des imposteurs intellectuels.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Sans illusion, il ne s'agit pas tant de dégommer quelques têtes que de décrire un système où "<strong><em>si des "faussaires" parvienent à avoir pignon sur écran,
    c'est parce qu'ils disent ce que l'on est prêt à entendre, qu'ils se coulent dans le bain amniotique de la pensée commune</em>.</strong>"</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">En sens inverse, les idées qui prennent le sens commun à rebrousse-poil trouvent difficilement droit de cité. Il cite une biographie nuancée de Tariq Ramadan,
    échouant à trouver un éditeur en France (sans donner le nom, mais des recherches permettent de renvoyer à un livre de Ilan Hamel, "<em>la vérité sur Tariq Ramadan</em>").</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Point précis de ses attaques : la difficulté à défendre des points de vue qui se heurteraient aux positions israéliennes ("<strong><em>le piège [...] c'est que le
    monde occidental projette ses relations avec le monde musulman et/ou le monde arabe, en fonction de la seule politique israélienne</em></strong>").</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il s'étonne par exemple que personne n'évoque jamais les mariages forcés en Inde, alors que la moindre attaque contre les femmes dans le monde arabe reçoit une
    couverture internationale. Il cite des points de vue intéressants de Tzvetan Todorov, Jean-Yves Camus ou Esther Benbassa.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Après une introduction générale sur cette problématique, il attaque les reproches particuliers.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Alexandre Adler est épinglé pour ses approximations dans "J'ai vu finir le monde ancien".</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Caroline Fourest a accumulé les bêtises, expliquant ainsi que si Tariq Ramadan avait épousé une catholique, c'était le fruit d'une stratégie de conversion massive
    par mariages inter-religieux - surtout pas la marque d'une éventuelle tolérance.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Ce qui est insupportable, c'est que ces médiacrates ne se contentent pas d'élucubrer ou d'approximer, ils empêchent aussi les autres de travailler :
    "<strong><em>Mona Chollet ayant déjà critiqué [Fourest], elle cessa de pouvoir publier chez Calmann Lévy, également éditeur de Caroline Fourest</em></strong>".</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il cite <a href="http://oumma.com/Les-lauriers-de-l-obscurantisme" target="_blank">un article</a> cosigné de cinq universitaires (Baubérot, Bruno Etienne, Franck
    Fregosi, Raphaël Liogioer, Vincent Geisser), sur un ouvrage de Fourest : "<strong><em>si tentation obscurantiste il y a, elle est parfaitement incarnée aujourd'hui par la haine viscérale de la
    connaissance scientifique qui se manifeste depuis quelques années à travers des essais comme celui de Caroline Fourest</em></strong>").</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">On croise également Thérèse Delpech, qui a contribué à faire accroire que Sadam Hussein détenait des armes de destruction massive et s'attache maintenant à stopper
    l'accès de l'Iran au nucléaire, en employant la force militaire si besoin. Frédéric Encel est ensuite à la fête, ce chercheur ayant obtenu un doctorat malgré l'abstention de l'un des membres du
    jury, Jean-Paul Chagnollaud, lui reprochant son parti-pris antipalestinien.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">On suit aussi François Heisbourg, socialiste défendant l'intégration complète de la France à l'OTAN. Ayant défendu l'intervention américaine en Irak, il a ensuite
    tenu des propos tendant à montrer qu'en réalité il y avait toujours été opposé : une caractéristique de ces intellectuels girouettes, pour qui c'est le vent dominant qui tourne, jamais
    eux...</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">BHL et <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-3472219.html" target="_blank">Philippe Val</a> sont enfin épinglés pour leurs dénonciations d'un fascislamisme
    simplifié (Pierre Nora : "<strong><em>[BHL est un] auteur pour qui le mépris des faits est consubstantiel aux nécessités de sa démonstration</em></strong>").</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Chose à peine étonnante, tous ces intellectuels brillants s'entre-congratulent et se mettent en avant : quand Encel réalise des entretiens pour l'<em>Essentiel des
    relations internationales</em>, il interroge Caroline Fourest. Et quand Philippe Val devenu patron de France Inter cherche un éditorialiste pour évangéliser les masses, il fait appel à...
    Caroline Fourest.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Pas réjouissant, et même un rien démobilisant. On se dit, l'ouvrage refermé, qu'il faudrait un site qui tienne du wikipedia croisé à de <a href=
    "http://www.acrimed.org/" target="_blank">l'Acrimed</a> et à de l'<a href="http://atlasalternatif.over-blog.com/" target="_blank">Atlas Alternatif</a> pour recenser les bêtises de nos
    éditocrates, afin que chacun puisse savoir ce qu'il lit, d'où on lui parle comme on disait autrefois.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 14 Jan 2012 14:44:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">38b450b8c72e5bba2c81dcd3664cbb77</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-pascal-boniface-les-intellectuels-faussaires-97091277-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[La France sans ses usines, Patrick ARTUS et Marie-Paule VIRARD]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-la-france-sans-ses-usines-patrick-artus-et-marie-paule-virard-96635738.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><img width="300" height="300" style="border: 1px solid #585353; margin: 1px 1px;" class="noAlign" alt="artus.jpg" src=
    "http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2012/artus.jpg">Un livre intéressant en ce qu’il appelle à revaloriser l’activité industrielle, en déconfiture en France. Artus et Virard rappellent toutes
    les raisons qui font que l’industrie est nécessaire à la bonne santé économique d’un pays (contrairement aux élucubrations que l’on peut encore lire sous des plumes fort
    autorisées</span><span style="font-size: 16px;">- cf. cette <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-terra-nova-et-la-classe-ouvriere-73719661.html" target="_blank">référence à un article de
    Julia Cagé</a></span><span style="font-size: 12pt;">). Le livre est beaucoup moins convaincant pour ce qui est des explications.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Quelques notes utiles sur les dangers de la désindustrialisation</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Sur l’idée fantasque que les technologies de l’informatique et de la communication (TIC) vont relayer les pertes d’emplois dans l’industrie, les auteurs rappellent
    que les TIC aux USA font à peine 4% des emplois. C’est bien trop faible pour remplacer les salariés des usines qui ferment les unes après les autres (la France est passée en dix ans de 24% de son
    PIB pour l’industrie à 14%, correspondant à une perte de 500&nbsp;000 à 700&nbsp;000 emplois industriels).</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Autre rappel&nbsp;: l’industrie paie mieux. En France, un emploi industriel est en moyenne payé 45% en plus.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Un rappel vital&nbsp;: <strong>l’endettement naît de la désindustrialisation</strong> («&nbsp;<em>la désindustrialisation &nbsp;implique aussi un déficit commercial
    chronique, puisque le pays qui en souffre doit importer les produits industriels qu’il ne produit plus mais continue bien sûr à consommer. Or, qui dit déficit extérieur permanent dit également
    hausse continuelle de l’endettement extérieur, ce qui constitue une autre cause de la crise lorsque la dette extérieure devient insupportable</em>&nbsp;[…] <em>Une France sans industrie devra
    donc s’atteler à la réduction de son déficit courant (54 milliards d’euros pour 2011), ce qui implique une très forte contraction de la demande intérieure. Cela suppose une politique budgétaire
    pour le moins restrictive ou la baisse des salaires, et plus sûrement les deux. On en voit les premières traces en 2010 avec un ralentissement de la hausse du salaire réel par tête à 0,5% […]
    Quant à la politique budgétaire restrictive, la loi de finances pour 2012 en offre déjà un avant-goût avant que l’élection présidentielle franchie, on passe aux choses
    sérieuses&nbsp;</em>».)</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">L’explication de la désindustrialisation par un mauvais positionnement français</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Selon les auteurs, si la France n’exporte plus et que son industrie s'étiole, c’est faute d’un positionnement correct.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">L’industrie française serait assise sur quelques niches technologiques (dont Airbus), alors que l’industrie allemande serait, quel que soit le secteur, positionnée
    sur du haut de gamme.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">D’autres explications sont invoquées, avec des justifications qui relèvent parfois de la philosophie de comptoir (par exemple l’idée que le principe de précaution
    nuit à l’industrie. Peut-être est-ce vrai, mais de ce point de vue, l’opinion publique allemande est probablement plus sévère encore qu’en France – ne serait-ce que sur le nucléaire par
    exemple).</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">L'explication par l'euro, rejetée bien paresseusement</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Artus ne nie pas que l’euro a eu un effet néfaste sur l’industrie française&nbsp;: <em>«&nbsp;un examen attentif des chiffres […] permet de dater l’aggravation de
    la désindustrialisation des pays du «&nbsp;sud&nbsp;» de la zone euro au tournant du siècle. Autrement dit, au moment de la création de l’euro. Une coïncidence qui n’en est peut-être pas tout à
    fait une. […] Pour éviter la désindustrialisation accélérée, il aurait fallu que les pays positionnés en milieu de gamme, et notamment la France, puissent jouer une fois de plus sur une
    dépréciation réelle de leur taux de change, or c’est exactement le contraire qui s’est produit. A partir de 2002, l’euro a commencé à s’apprécier en termes réels alors qu’il s’était déprécié
    depuis le milieu des années 1990.</em>&nbsp;»</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Pire, l’absence de risque de change accroît la spécialisation des économies européennes&nbsp;: «&nbsp;<em>la spécialisation productive associée à l’unification
    monétaire fabrique bel et bien de la divergence, un phénomène désormais évident, douze ans après la création de l’euro.</em>&nbsp;»</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Des remèdes peu convaincants</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <em style="font-size: 12pt;">«&nbsp;il faut se doter des institutions capables de résister aux effets de l’euro sur l’économie</em><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;».</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Le lecteur notera qu'il s'agit bien de se vacciner contre l'euro, clairement présenté ici comme un mal.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Seule piste évoquée&nbsp;: renforcer le fédéralisme budgétaire, pour financer la réindustrialisation des pays du sud de la zone. Les auteurs soulignent cependant
    qu’il y a peu de raisons que l’Allemagne accepte cela.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Par ailleurs, sur ce terrain, on reste dans le nébuleux et le yaka&nbsp;: il nous faut «&nbsp;</span><em style="font-size: 12pt;">sortir de la crise européenne par
    le haut en convaincant nos partenaires d’avancer dans la voie de la solidarité financière, de la responsabilité budgétaire collective, de l’harmonisation fiscale et de la coordination des
    politiques économiques compatibles avec le retour de la croissance dans la région et la réindustrialisation du continent.</em><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;»</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Outre que tout cela est fort vague et déjà inscrit dans les traités européens, rien n’interdit d’imaginer une&nbsp;</span> <span style=
    "font-size: 16px;">«</span>&nbsp;<em><span style="font-size: 12pt;">réindustrialisation du continent</span></em> <span style="font-size: 16px;">&nbsp;»</span>&nbsp;<span style=
    "font-size: 12pt;">&nbsp;limitée aux régions industrielles les plus fortes&nbsp;: l’Allemagne et ses sous-traitants des pays de l’Est.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Dans le même temps, le lecteur ne pourra que constater que pas une ligne de Artus et Virard n’invite à prendre en compte un seul bienfait de l’euro. Rien. L’euro
    n’est pas cité une fois comme apportant un bénéfice quelconque à l’économie française.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Le contre-exemple suédois</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Artus et Virard relèvent que seuls deux pays ont pu efficacement se réindustrialiser.&nbsp; Pour la Suède, <em>success story</em> la plus évidente, ils notent que
    «<em>le taux de change effectif réel de la couronne suédoise n’a cessé de baisser lui aussi depuis quinze ans, apportant sans conteste sa pierre à la réindustrialisation du
    pays</em>&nbsp;».&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong><span style="font-size: 12pt;">Des remèdes nationaux très insuffisants</span></strong>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Les remèdes précédemment invoqués sont du domaine de l'impossible - ils relèvent d'une hypothétique coordination européenne. D'autres remèdes sont applicables au
    niveau national selon les auteurs.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Au lieu de miser sur ses grands groupes, la France devrait ainsi encourager le développement de ses PME-PMI – pour reconstituer l’équivalent du
    <em>Mittelstand</em> allemand. Ces mesures sont déjà en marche : «…<em>de ce point de vue, il faut souligner que le FSI et le Commissariat général à l’investissement sont deux créations récentes
    qui montrent que l’on évolue dans le bon sens.</em>&nbsp;»</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Artus et Virard recommandent non une TVA sociale mais une CSG sociale&nbsp;: un report massif des charges sociales pesant sur les salaires vers la CSG, ce qui
    aurait l’avantage de faire financer plus encore la protection sociale par les revenus du capital. Je trouve l'idée pertinente, qui permettrait de temporiser en regagnant quelques points de
    compétitivité. De là à rattraper une surévaluation de l'euro de 30% ?</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">- Un <em>small business act</em> pourrait également renforcer les PME-PMI, auxquelles serait réservée une fraction des commandes publiques. La compatibilité de
    cette mesure avec les règles européennes est incertaine, notamment parce qu’un SBA européen existe depuis 2008<a href=
    "file:///C:/Users/david/Documents/Dropbox/perso/blog/La%20France%20sans%20ses%20usines.docx#_ftn1">[1]</a>, parfaitement inefficace comme la plupart des initiatives européennes.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Par ailleurs et enfin, Artus et Virard prônent parfois des mesures radicalement opposées à la philosophie libérale de l’Union européenne&nbsp;: ils regrettent
    ainsi, dans leur conclusion, que l’opérateur historique, dans les télécoms, soit obligé de fournir ses services à prix coûtant à ses concurrents, limitant ainsi sa capacité d’investissement. Le
    même regret pourrait être exprimé dans l’énergie (où EDF subventionne ses concurrents) et pour le transport ferroviaire (où la SNCF désinvestit pour financer RFF, qui veille au grain pour les
    futurs concurrents de la SNCF).</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 12pt;">*</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Au final, <strong><span style="color: #ff0000;">face à une défense aussi peu passionnée de l'euro, on peut se demander si Artus n'a pas, en réalité, donné pas mal
    de cartes à ceux qui souhaitent en finir avec cette monnaie nuisible</span>.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Un lecteur désireux de trancher entre les révérences obligées envers l’euro et les faits énoncés par Artus et Virard peut en effet être amené aux conclusions
    suivantes&nbsp;:</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">1 - <strong>L’euro a indéniablement ruiné l’économie française et son industrie en particulier</strong>, laquelle
    conserve de beaux restes mais est très fortement menacée.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">2 - La poursuite de la désindustrialisation serait politiquement dramatique&nbsp;: «&nbsp;</span><em style=
    "font-size: 12pt;">il est même impossible d’exclure une nouvelle catastrophe, dont la violence pourrait être à la mesure des déséquilibres économiques et sociaux créés par les politiques mises en
    œuvre</em><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;».</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">3 - Les remèdes préconisés par Artus sont soit déjà partiellement mis en place et peu efficaces (FSI, <em>Small Business
    Act</em>), soit très largement illusoires (fédéralisme budgétaire européen).</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">4 - Le repositionnement en haut de gamme de l’économie française est probablement souhaitable à moyen terme. Mais
    expliquer par ce phénomène la désindustrialisation française est illusoire. On ne voit pas bien pourquoi la balance commerciale française était excédentaire de 1995 à 2004, alors que le
    positionnement en gamme de l’industrie française n’a probablement pas changé en sept ans – et alors que la baisse du dollar (qui équivaut à une surévaluation de l'euro que personne en conteste),
    elle, est indéniable depuis 2000 - cf. le graphique ci-dessous, réalisé en exclusivité pour mes lecteurs.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2012/eurodoll.jpg" class="CtreTexte" width="616" height="327" alt="eurodoll.jpg">
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <strong>Source balance commerciale :</strong>
  </p>
  <p>
    <a href="http://fxtop.com/fr/historates.php?C1=USD&amp;C2=FRF&amp;YA=1&amp;DD1=01&amp;MM1=01&amp;YYYY1=1995&amp;B=1&amp;P=&amp;I=1&amp;DD2=31&amp;MM2=12&amp;YYYY2=2011&amp;btnOK=Chercher" target=
    "_blank">http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATnon08460</a>
  </p>
  <p>
    <strong>Source valeur du dollar en franc puis euro :</strong>
  </p>
  <p>
    <a href="http://fxtop.com/fr/historates.php?C1=USD&amp;C2=FRF&amp;YA=1&amp;DD1=01&amp;MM1=01&amp;YYYY1=1995&amp;B=1&amp;P=&amp;I=1&amp;DD2=31&amp;MM2=12&amp;YYYY2=2011&amp;btnOK=Chercher" target=
    "_blank">http://fxtop.com/fr/historates.php?C1=USD&amp;C2=FRF&amp;YA=1&amp;DD1=01&amp;MM1=01&amp;YYYY1=1995&amp;B=1&amp;P=&amp;I=1&amp;DD2=31&amp;MM2=12&amp;YYYY2=2011&amp;btnOK=Chercher</a>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">5 - Le principe du rasoir d’Ockham : si l’on peut invoquer de multiples raisons pour expliquer partiellement la
    désindustrialisation française, l’explication la plus massive et la plus évidente est la hausse de l’euro et l’impossibilité de recourir à la dévaluation.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">6 - S’il s’avérait impossible de mettre très rapidement en place une dynamique européenne de croissance (et on ne voit
    pas ce qui pourrait le permettre, alors que ce qui l’interdit est évident), il y a un fort risque d’explosion sociale.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 12pt;">7 - En conséquence, la solution qui s’impose s’apparente à celle d’Alexandre face au nœud&nbsp;: plutôt que d’essayer de
    démêler les contraintes multiples de l’harmonisation européenne, <strong>il importe de sortir de ce système, en commençant par abandonner l’euro.</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Le reste n’est qu’enrobage destiné à permettre à Artus de conserver sa&nbsp; place au Siècle et son job chez Natixis. Sur ce sujet, on lira une belle <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-dissimuler-43455891.html" target="_blank">citation de Léo Strauss</a> dans <em>La persécution ou l'art d'écrire</em>, suivie de <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-le-pietre-avenir-de-l-euro-selon-patrick-artus-48983324.html" target="_blank">l'application à plusieurs notes de Patrick Artus</a>.</span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </p>
  <div style="text-align: justify;">
    <br>
    <hr size="1">
    <div>
      <p>
        <span style="font-size: 12pt;"><a href="file:///C:/Users/david/Documents/Dropbox/perso/blog/La%20France%20sans%20ses%20usines.docx#_ftnref1">[1]</a> <a href=
        "http://ec.europa.eu/enterprise/policies/sme/small-business-act/index_fr.htm">http://ec.europa.eu/enterprise/policies/sme/small-business-act/index_fr.htm</a></span>
      </p>
    </div>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sun, 08 Jan 2012 16:49:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">9f46c4fd2faebc165946ef3409b5bce3</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-la-france-sans-ses-usines-patrick-artus-et-marie-paule-virard-96635738-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Bertrand Russell, La conquête du bonheur]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-bertrand-russell-la-conquete-du-bonheur-91530273.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/russell.jpg" alt="russell.jpg" class="GcheTexte" style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" height="300" width="300">
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Petit livre très intéressant, profond même s'il ne paie pas de mine.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Bertrand Russell l'a publié à près de 60 ans.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">A première lecture, rien de complexe, ni de brillant. On découvre une suite de considérations morales, qui peuvent paraître anodines.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Russell semble même en appeler au renoncement, invite à "<em>écarter comme essentiellement inaccessibles certains objets de désir</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Pas très marrant vu que depuis on a inventé le "<em>il est interdit d'interdire !</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">En fait, Russell est plus subtil. S'il invite à ne pas poursuivre des rêves chimériques, ce n'est pas pour le plaisir du renoncement et pour satisfaire des
    penchants puritains.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Ainsi de cette invitation à vivre au quotidien : "<strong><em>L'habitude de vivre dans le futur et de croire que toute la signification du présent réside dans ce
    qu'il engendrera est une attitude qui porte malheur. Il ne peut y avoir de valeur dans le tout à moins qu'il n'y ait de valeur dans les parties.</em></strong>" A l'heure où l'on nous invite
    chaque jour à sacrifier toujours plus à l'édifice européen, le lecteur appréciera ce rejet de l'historicisme.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Cette pensée un peu générale se décline au niveau individuel, pour rejeter notamment l'esprit de compétition économique à outrance : "<strong><em>le succès ne peut
    être qu'un simple élément du bonheur et il ne vaut pas le prix qu'on a payé pour lui si tous les autres éléments ont été sacrifiés pour l'obtenir</em></strong>".<br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Une fois chassées les obsessions inatteignables, Russell invite à une vie équilibrée, faite de réflexion et d'action, loin de la fatigue nerveuse - tout un chapitre
    est consacré à la fatigue. Une vie réussie est diversifiée : "<em><strong>une personnalité harmonieuse est centrifuge</strong>.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Un bon passage : "<strong><em>si j'étais médecin, je prescrirais des vacances à tout malade qui considère son travail comme important</em></strong>". A juste titre,
    je pense que Russell aurait applaudi aux 35 heures.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Russell est moderne au sens où, écrivant en 1930, il intègre ses réflexions sur les théories freudiennes. Il ne les rejette pas, mais les accommode à sa sauce. Il
    mélange Freud et la méthode Coué, pour obtenir cet équilibre original : "<strong><em>Je suis convaincu qu'une pensée consciente peut être implantée dans l'inconscient si l'on y met suffisamment
    de vigueur et d'intensité.</em></strong>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Plusieurs recettes découlent de cette conviction, dont celle-ci : "<strong><em>si vous vous sentez enclins à nourrir des idées sombres sur toutes choses, le
    meilleur procédé est d'y penser encore plus que vous ne le feriez naturellement, jusqu'à ce que la fascination morbide en soit épuisée. [...] C'est ce procédé qu'appliquent les psychanalystes
    mais je pense que dans bien des cas, le malade peut accomplir lui-même le travail qui, dans des situations extrêmes, peut nécessiter l'aide d'un expert.</em></strong>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">En sens inverse, il est important de ne pas inculquer l'habitude aux enfants d'intégrer dans leur subconscient des pensées néfastes : "<strong><em>jusqu'à ce que
    l'enfant ait atteint l'âge de la puberté, ne lui enseignez aucune morale sexuelle et évitez avec soin de lui enseigner qu'il y a quelque chose de répugnant dans les fonctions naturelles du
    corps</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Russell est un rationaliste généreux. La raison doit conduire à chasser les "<em>convictions irrationnelles et contradictoires, ni leur permettre d'acquérir un
    empire sur soi</em>". Nombreux sont que le rationalisme inquiète. Russell rassure : "<strong><em>il n'y a rien que la raison désirerait diminuer dans l'amour passionné, l'affection des parents,
    l'amitié, la bienveillance, la dévotion à la science ou à l'art</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Sur ces principes, Russell donne des conseils précis. Par exemple, une maxime anti-paranoïa : "<strong><em>ne vous imaginez pas que la plupart des gens pensent
    suffisamment à vous pour avoir un désir spécial de vous persécuter</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Autre conseil, aux jeunes : faites ce que vous voulez sans vous soucier des préventions des adultes (<em>"<strong>il n'est pas souhaitable que les jeunes traitent
    avec respect les désirs de leurs aînés.</strong></em>") De longs développements intéressants sur ce sujet.<br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Sortir de soi : "<strong><em>l'esprit est une machine étrange qui peut effectuer les combinaisons les plus extraordinaires avec les matériaux qui lui sont offerts
    mais qui, sans matériaux venus du monde extérieur, est impuissant.</em></strong>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Russell est progressiste et souhaite que la femme travaille - en 1930 - qu'elle s'éloigne surtout de ses enfants dès qu'ils sont en âge d'aller à l'école. Cela pour
    qu'elle puisse s'épanouir et que la société ne s'effondre sur elle-même : une société trop dure pour que l'on ait envie d'y faire des enfants est vouée au déperissement.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Sur le rôle de la biologie et des instincts, Russell se tient entre deux extrêmes : d'un coté il estime que le besoin de prendre soin de ses enfants est une donnée
    biologique - il reproche explicitement à Freud de négliger ce point. Mais dans le même temps il rejette l'idée d'un instinct maternel qui guiderait les mères comme par magie.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le travail est utile au bonheur : "<strong><em>des desseins cohérents ne suffisent pas à rendre une vie heureuse mais ils constituent une condition presque
    indispensable à une vie heureuse. Et un but cohérent se réalise surtout dans le travail</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">La livre se termine sur un chapitre presque lyrique et partiellement métaphysique, où Spinoza est cité. Russell invite à la connaissance comme moyen de détachement
    : "<strong><em>celui dont l'esprit reflète le monde devient en un sens aussi grand que le monde</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Une dernière citation, pêchée au milieu dui livre mais qui, à mon sens, l'illustre bien.<br></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le secret du bonheur : "<strong><em>élargissez le plus possible vos intérêts et tâchez de rendre vos réactions envers les personnes et les choses qui vous
    intéressent aussi amicales et aussi peu hostiles que possible.</em></strong>"<br></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">&nbsp; Y'a plus qu'à !</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 07 Dec 2011 00:36:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">c3e7322002c1e798c78ef0e829882e38</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-bertrand-russell-la-conquete-du-bonheur-91530273-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Jean-Claude Milner - La politique des choses - 1]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-claude-milner-la-politique-des-choses-87616786.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/milner-copie-1.jpg" class="noAlign" width="300" height="300" alt="milner-copie-1.jpg"><span style="font-size: 10pt;">Au départ, il s'agit d'un
    texte destiné à protester contre les projets d'évaluation des psychanalistes. Milner s'est ensuite rendu compte que derrière l'intention de mesurer le travail des psys, il y avait une conception
    plus large de la politique - la politique comme gestion des choses.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Avant de me lancer, toujours le même <em>caveat</em>&nbsp;qu'avec un précédent Milner : son style peut parfois être insupportable de snobisme et de jargon - bien
    moins dans ce livre que dans <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-jean-claude-milner-les-penchants-criminels-de-l-europe-democratique-82069616.html">celui commenté
    précédemment</a>.</span> <span style="font-size: 10pt;">Peu de livres récents m'ont paru aussi <em>mobilisateurs</em>, donnant envie de continuer à réfléchir.&nbsp;</span> <span style=
    "font-size: 10pt;">Il reste que certaines formules, certaines idées, sont brillantes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Par exemple, sur l'évaluation : "<em>les évalués aujourd'hui, ce ne sont jamais les décideurs ni aucun des détenteurs d'une parcelle de pouvoir, ce sont au
    contraire les gouvernés. Rendre des comptes, reprenons l'expression puisqu'elle plaît, mais comprenons aussitôt qu'elle a été retournée en son contraire ; dans la cité antique, le gouvernant
    devait rendre des comptes en tant que gouvernant ; <strong>dans la société qui s'annonce, le gouverné en tant que gouverné sera appelé à rendre des comptes. Il ne sera plus seulement tenu
    d'obéir, mais il devra rendre des comptes sur la profondeur de sa docilité</strong></em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Quelques jours après que l'éducation nationale ait annoncé le projet dément de <a href=
    "http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111013.OBS2424/classer-les-eleves-des-la-maternelle-le-projet-inquiete.html">trier les enfants de maternelle</a>, cela sonne toujours d'actualité.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; &nbsp;Milner se demande comment l'iniquité de l'évaluation (combien d'évaluateurs sont plus bêtes que ceux qu'ils évaluent ?) a pu faire consensus.
    &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; Il y voit d'abord la faute du pédagogisme, ou de l'égalitarisme dévoyé, idéologies pour lesquelles le savoir est une injustice, la différence une faute.
    L'évaluation permet d'attribuer à tous et à chacun des défauts, d'organiser un "peut mieux faire" généralisé.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Dans l'évaluation, l'individu n'est qu'un point, une fraction d'un ensemble statistique qui devient simple objet à gérer. &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Chez un psy, l'individu, comme dans la vie lorsqu'il est reconnu comme "personne", pour reprendre un terme que Milner n'emploie pas, l'individu est une histoire
    réductible à rien, incommensurable. Pour Milner, c'est à ça que le projet d'évaluation des psys s'attaque : réduire une relation thérapeutique originale, singulière, à un cas identifiable et
    mesurable d'une façon ou d'une autre.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Milner passe au niveau politique. Puisqu'il faut tout ramener à de la gestion, la politique change de nature : "<em>il s'agit de faire accepter à tous la
    conviction que personne ne peut jamais rien changer à rien. Ce que les bons gouvernants proposent aux gouvernés passe pour inévitable, puisque tel est l'ordre des choses ; <strong>les gouvernants
    se reconnaissent un seul devoir : bien communiquer. Les gouvernés sont priés de s'imposer le devoir symétrique : bien écouter.</strong></em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Plus hardiment, Milner s'en prend à l'égalitarisme outrancier. En allant au delà de l'égalité des droits, on réduit les individus à des choses puisqu'ils
    doivent être comparables en tout. D'où l'évaluation, qui permet de fixer une norme suffisamment bétasse et anodine pour qu'un gestionnaire moderne puisse penser raisonnablement qu'au forceps et
    en insistant un peu, chacun l'atteindra. A quel prix ? <em>"l'égalité ainsi obtenue, elle n'est plus une égalité d'êtres parlants ; elle est bien plutôt l'égalité des grains de sable,
    indéfiniment substituables, parce qu'indiscernables".</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Milner évoque ensuite les techniques de la gestion des choses : les sondages, le jargon anglicisant ("<em>les choses parlent anglais</em>"), les
    experts.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Milner oppose brillamment les experts et la science. Les experts, en effet, se targuent de savoir. Hors, la démarche scientifique véritable expose des conjectures à
    être testées (Milner m'a l'air poppérien dans sa définition de la science). La science véritable est toujours dans l'incertain. Les experts ne sont donc que des balayeurs de la science, des
    scientifiques qui ont renoncé à risquer quoi que ce soit pour se consacrer à faire place nette - bien contents qu'on leur confie un balai.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><em>Ergo</em> : "<em><strong>le premier devoir d'une institution de recherche qui voudrait mériter son nom serait de se refuser à fabriquer le moindre rapport
    d'expertise ; le premier devoir d'un chercheur appartenant à cette institution serait de s'opposer à l'usage impropre qui est fait d'un label qui est aussi le sien ; le premier devoir d'un esprit
    éclairé serait, confronté à un rapport d'expertise émis par une telle institution, de n'en pas tenir compte</strong>.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Dans un contexte médical, l'idéologie de l'expertise et de la gestion des choses devient dramatique : "<em>le médecin qui aurait pour projet de sauver des vies se
    met par là-même hors évaluation ; l'issue d'un traitement n'est-elle pas irréductiblement aléatoire ? [...] Le seul médecin qui fonctionne comme un expert &nbsp;est celui qui travaille sur du
    certain, mais il n'y a de certain que la mort.</em>" Intéressant et encourageant, à ce sujet, qu'après des séries et polars où le héros est un légiste (Kay Scarpetta, ou Dexter), une série
    connaisse un succès avec un personnage de médecin strictement non-évaluable : le Docteur House (je confesse être un fan de cette série).</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <img alt="house.jpg" height="375" width="500" class="CtreTexte" src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/house.jpg">
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">D'ailleurs, le personnage de House habite au 221, et, de l'avis même des concepteurs de la série, est un hommage à Sherlock Holmes. Holmes dont Milner nous dit
    qu'il est "<em>issu du libéralisme politique anglais</em>", d'un "<strong><em>temps où l'expertise technologique et le raisonnement scientifique devaient préserver la police de sa propension à
    l'arbitraire</em></strong>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">C'est encore par un appel à la liberté que se conclut l'ouvrage : "<em>les politiques ne méritent leur nom que s'ils combattent l'esprit de subordination. On ne
    leur demande pas d'être généreux et de se battre pour les libertés de tous ; on serait trop heureux qu'ils se battent pour leur propre liberté. <strong>Qu'ils cessent de se conduire en
    interprètes, transparents et impitoyables, de l'ordre des choses. Que parfois ils décident par eux-mêmes, en sujets.</strong></em>"</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span><span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 30 Oct 2011 21:09:00 +0100</pubDate>        <guid isPermaLink="false">b916b9f73bc6f9f05e46b363a0f68649</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-claude-milner-la-politique-des-choses-87616786-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Friedrich Hayek, La route de la servitude]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-friedrich-hayek-la-route-de-la-servitude-83024051.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 10pt;"><img width="197" height="300" style="border: 0px solid #000000; margin: 10px 10px;" class="GcheTexte" alt="hayek.jpg" src=
    "http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/hayek.jpg">L'impression que donne Hayek dans ces pages est mitigée : on le suit dans ce qu'il rejette, qui est également détestable ; on comprend moins
    bien, en revanche, ce qu'il souhaite.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Au moment où il le publie la deuxième guerre mondiale s'achève. En vue de la reconstruction, il</span> <span style="font-size: 10pt;">rappelle l'importance de la
    notion de liberté et les dangers de ce qu'il appelle le dirigisme, le totalitarisme, ou comment l'on passe éventuellement de l'un à l'autre. Il souhaite particulièrement prévenir les socialistes
    de la tentation autoritaire.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le reste de son message est moins clair. Il est en effet capable d'écrire que la volonté de construire la société est néfaste ("<em>un transfert inconsidéré aux
    problèmes sociaux des habitudes de pensée engendrées par le maniement des problèmes familiers aux techniciens et aux ingénieurs.</em>") A la page précédente, il écrivait pourtant :
    "<em>L'attitude d'un libéral à l'égard de la société est comme celle d'un jardinier qui cultive une plante, et qui, pour créer les conditions les plus favorables à sa croissance, doit connaître
    le mieux possible sa structure et ses fonctions</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Entre ingénieur (nuisible selon lui) et jardinier (bénéfique), l'écart est mince et le reste de son ouvrage ne contribue pas à expliciter la différence entre les
    deux attitudes. Les conditions d'une intervention légitime dans la société sont mal définies. Il reconnaît lui-même que la définition du libéralisme est fragile : "<em>dans la conduite de nos
    affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition</em>". Qui aujourd'hui contredirait ce point de vue ? (Alors
    que Hayek rappelle que Saint-Simon souhaitait "<em>traiter comme du bétail</em>" ceux qui s'opposeraient à ses réformes.)</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Au final, le livre est cependant &nbsp;passionnant, notamment parce qu'il rejoint l'actualité, sur les questions européennes.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>&nbsp;Au delà de la caricature</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le lecteur qui conserve en tête l'idée d'un Hayek repoussoir ultra-libéral sera sans doute étonné de lire que l'homme a écrit ceci : "<em>tout essai de contrôle des
    prix ou des quantités de certaines marchandises prive la concurrence de son pouvoir de coordonner efficacement les efforts individuels, parce que les variations des prix cessent alors
    d'enregistrer toutes les modifications des circonstances, et ne fournissent plus un guide sûr à l'action individuelle.</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><em>Toutfois, cela n'est pas nécessairement vrai de mesures qui se contentent de restreindre les méthodes de production tant que ces restrictions frappent également
    tous les producteurs en puissance, et ne sont pas utilisées comme moyen indirect de contrôler les prix et les quantités. Les mesures de contrôle des méthodes de production augmentent évidemment
    les prix de revient, mais elles valent parfois la peine d'être prises.</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><em><strong>Interdire l'usage de substances toxiques, ou exiger des précautions spéciales pour leur utilisation, limiter les heures de travail ou prescrire
    certaines installations sanitaires, voilà qui est compatible avec la préservation de la concurrence. [...] La préservation de la concurrence n'est pas davantage incompatible avec un vaste système
    de services sociaux - tant que l'organisation de ces services n'est pas conçue pour rendre la concurrence inopérante.</strong></em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek ne rejette donc absolument pas la réduction du temps de travail !</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Une phrase pour oublier &nbsp;l'idée que Hayek serait un anti-étatiste absolu : "<em>Il n'y a pas de système rationnellement soutenable dans lequel l'Etat ne ferait
    rien</em>". Mieux : "<em>nous ne saurions, dans le cadre de cet ouvrage, discuter du <strong>planisme indispensable au fonctionnement le plus efficace et le plus bienfaisant possible de la
    concurrence</strong>.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; Guère plus cependant de lumières sur ce qui est utile, Hayek ne va pas plus loin dans sa définition des services sociaux nécessaires ou du planisme
    utile.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Reste à examiner sa façon de définir ce qui n'est pas acceptable.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Le monopole</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek conteste la justification des monopoles, pour des raisons techniques (absence de rendements croissants notamment). Plus intéressant est son raisonnement
    politique. Il estime en effet possible qu'une société puisse en surpasser d'autres en décidant de se concentrer sur certains secteurs. Ce qu'il condamne est le fait que le choix des secteurs
    prioritaires, livrés au monopole, se fait au détriment d'autres priorités. Il donne comme exemple celui des excellentes autoroutes construites pas les nazis, sur lesquelles on croisait moins de
    voitures que sur les mauvaises routes britanniques.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il confond, ce faisant, deux questions : celle du réalisme des choix d'investissement et celle de la légitimité des modes de décision. Que les choix
    d'investissement décidés de façon politique, en dehors du "jeu spontané du marché", puissent s'avérer improductifs est un fait certain. Mais que tous les investissements décidés de façon
    politique relèvent du même abus de pouvoir que celui de l'allemagne nazie est une confusion : en démocratie, des choix erronés exposent celui qui les a décidés.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; Un passage assez juste est celui dans lequel il relie le planisme, la volonté dirigiste, à l'idéalisme monomaniaque. Les idéalistes dirigistes dit-il, ont
    souvent une obsession, une marotte, qu'ils verraient volontiers passer au premier rang des priorités collectives. Malheureusement, ces marottes sont rarement les mêmes - dans la France
    contemporaine, l'existence par exemple d'écologistes anti-éoliennes et d'écologistes pro-éoliennes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La résolution de tous les conflits naissant de ces divergences d'intérêt supposerait, pour Hayek, l'existence d'un "<em>code moral complet</em>" qui n'existe
    pas.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La formulation de Hayek est particulièrement intéressante et exacte, qui juge qu'"<em>il faut laisser l'individu, à l'intérieur de limites déterminées, libre de se
    conformer à ses propres valeurs plutôt qu'à celles d'autrui, que dans ce domaine les fins de l'individu doivent être toutes puissantes et échapper à la dictature d'autrui. Reconnaître l'individu
    commme juge en dernier ressort de ses propres fins, croire que dans la mesure du possible ses propres opinions doivent gouverner ses actes, telle est l'essence de l'individualisme</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Conclusion de Hayek : "<em>L'action commune est ainsi limitée aux domaines où les gens sont d'accord sur des fins communes</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ce qui veut dire que les points communs sont dégagés démocratiquement. Hayek rejette explicitement la délégation de décisions à des organismes techniciens : "<em>la
    délégation de tâches techniques à des organismes séparés n'est que le premier pas par lequel une démocratie qui s'engage sur la voie du planisme abandonne tous les pouvoirs</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">A mettre en parallèle avec le rôle dévolu, dans le traité de Lisbonne, à la BCE...</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">A lire ces passages de Hayek, on peut comprendre la réception très positive de Hayek par Keynes ou Orwell.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Road_to_Serfdom">Orwell</a> : "<em>Dans sa partie négative [<span style="font-size: 8pt;">edgar : ce qu'il rejette</span>]
    , la thèse du professeur Hayek contient une bonne part de vérité. On ne se lassera jamais de répéter que le collectivisme n'est pas spontanément démocratique, mais bien au contraire, qu'il donne
    à une minorité des pouvoirs tels que l'Inquisition espagnole n'en rêva jamais</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Ce qu'Hayek rejette profondément, c'est l'arbitraire.</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Dans son chapitre sur le règne de la loi (le <em>rule of law</em>, que l'on peut traduire - imparfaitement - en français par la notion d'Etat de droit), il défend
    la prévisibilité de l'action publique. La stabilité des normes peut seule permettre au individus de s'adapter aux décisions de l'Etat ("<em>plus l'Etat planifie, plus il devient difficile pour
    l'individu de faire des projets</em>"). L'Etat, selon Hayek, ne peut prendre que des décisions d'ordre général, il ne peut décider en fonction des personnes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Si l'on revient sur la question de la sécurité sociale, on peut ainsi considérer qu'en très grande partie elle répond à un critère hayekien fort : la couverture
    qu'elle assure est octroyée sans aucune considération personnelle, de façon automatique. C'est une institution fondamentalement libérale.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pour poursuivre des parallèles amusants avec l'actualité, nul doute que les politiques de quotas ou d'<em>affirmative action</em> seraient considérées comme menant
    à la dictature par Hayek : "<em>toute politique qui veut mettre en pratique l'idéal de la justice distributive doit mener tout droit à la destruction de la règle de la loi. Pour obtenir de gens
    différents des résultats identiques, il faut les traiter différemment.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; Si j'osais un parallèle qui ne serait que partiellement inexact, <strong>on peut trouver ainsi Hayek très jacobin.</strong> Sa conception d'une loi aveugle à
    l'égard des cas particuliers est parfaitement rousseauiste (Il cite Kant : "<em>l'homme est libre aussi longtemps qu'il n'obéit à personne sauf aux lois</em>".) &nbsp;On est très loin du
    libertarisme.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">C'est d'ailleurs exactement cette attitude qui emporte le choix hayekien pour la concurrence : en obéissant aux règles du marché l'individu reste libre puisqu'il
    n'obéit à personne. C'est oublier que des règles "dirigistes" peuvent être de type universel. Par exemple, un taux d'imposition à 60% pour les revenus dépassant une somme annuelle donnée, est
    fixé sans considération des personnes.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La question des inégalités de revenus&nbsp;</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek enfin, après avoir exposé l'invalidité du socialisme dirigiste/planiste, par incapacité à définir un "code moral complet" ajoute que la difficulté est la même
    en matière de réduction des inégalités. <strong>Sauf à se donner un objectif d'égalité absolue des revenus, le socialisme ne sait pas définir une distribution des revenus équitable.</strong> Il
    cite Trostky, repris par Burnham, qui avançait qu'en 1939 les écarts de revenus étaient supérieurs en Union soviétique à ceux des Etats-Unis.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">A titre personnel je reconnais préférer et trouver plus justes des écarts de salaires de 1 à 50 que de 1 à 200, mais je dois concéder que je ne saurais définir en
    vertu de quoi (et des critères "à la Rawls" tels que le <a href="http://www.puf.com/wiki/Auteur:John_Rawls">maximin</a>, demeurent parfaitement abstraits). &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">D'un point de vue intellectuel tout autant que sociologique, Hayek note que le critère marxiste d'appropriation</span> <span style="font-size: 10pt;">de la
    plus-value</span> <span style="font-size: 10pt;">par le travailleur, est profondément inégalitaire : les ouvriers des industries les plus capitalistiques vont toucher plus que les autres. Cette
    remarque n'est pas que anecdotique, selon Hayek, les adhérents du NSDAP allemand étaient ainsi des exclus des élites ouvrières, des recalés du socialisme industriel.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">On retrouve aujourd'hui un reflet de cette idée quand on constate l'incapacité de partis "de gauche", PC ou PS, à se rendre attractifs pour des personnes qui
    assurément ne sont pas des privilégiés mais ne sont pas non plus des prolétaires (petits commerçants, artisans etc.)</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong><span style="font-size: 12pt;">La justice sociale&nbsp;</span></strong>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La justice selon Hayek consistera donc à assurer une sécurité minimale et non absolue (il distingue "<em>la sécurité qu'on peut assurer à chacun, tout en
    sauvegardant le système du marché, et la sécurité qu'on ne peut garantir qu'à un nombre limité d'hommes et seulement à condition de contrôler ou d'abolir le marché</em>".)</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Au nom de cette sécurité minimale, il est parfaitement possible de justifier un système d'assurances sociales ("<em>En organisant un système complet d'assurances
    sociales, l'Etat a une excellente raison d'intervenir quand il s'agit vraiment de risques susceptibles d'être couverts par l'assurance</em>").</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">S'il émet par ailleurs des doutes sur l'interventionnisme keynésien ("<em>des travaux publics organisés sur une très grande échelle</em>"), il précise immédiatement
    qu<strong>'il n'y voit pas d'inconvénient grave</strong> ("<em>la protection nécessaire contre les fluctuations économiques ne mène pas au genre de planisme qui constitue une menace pour notre
    liberté</em>".)</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ce qui est plus gênant selon lui est le fait que certaines catégories réussissent à conserver une part constante du revenu national, à se mettre à l'abri des
    fluctuations de revenu - du coup ceux qui ne peuvent y échapper sont plus exposés. L'argumentation n'est pas très différente de celle de Piore et Doeringer (pas spécialement des ultra-libéraux,
    mais des institutionnalistes, mettant en évidence la <a href="http://www.lyc-arsonval-brive.ac-limoges.fr/jp-simonnet/spip.php?article158">segmentation du marché du travail</a>).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sur le plan économique, on trouve, dans la Route de la servitude, un Hayek extrêmement éloigné de l'ultralibéralisme contemporain. Etonnamment, c'est sur le terrain
    de la démocratie qu'il est plus conforme à nos <em>a priori</em>&nbsp;: son libéralisme paraît plus économique que politique, et la démocratie n'est pas pour lui la valeur cardinale.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Le problème démocratique</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek n'est pas avant tout un démocrate. Il rejette surtout l'arbitraire et ne reconnaît pas à la démocratie de capacités particulières à l'éviter. Jusqu'à affirmer
    "<em>qu'il n'y a rien de bas ni de déshonorant à approuver une bonne dictature honnête</em>". Il n'est donc pas étonnant de le retrouver <a href=
    "http://en.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Hayek#Chile">soutenant Pinochet</a> dans les années 70.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">De fait, il se méfie de la démocratie, qui n'a pas empêché la montée au pouvoir de Hitler (mais pour revenir au Chili, Allende n'était pas Hitler et Pinochet
    n'était pas Churchill).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il s'en méfie probablement pour une deuxième raison qui est que "<em>les gouvernements totalitaires réussissent très bien à faire penser le peuple de la manière qui
    leur convient</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il avance une analyse assez fine de la propagande : "<em>on persuade le peuple de troquer ses anciens dieux contre des nouveaux, en lui faisant croire que les
    nouveaux dieux lui avaient été révélés depuis toujours par son instinct naturel, mais qu'il n'en avait que confusément senti la présence. La technique la plus efficace pour arriver à cette fin
    consiste à employer des termes anciens en leur prêtant un sens nouveau. Peu d'éléments du régime totalitaire sont aussi déroutants pour l'observateur superficiel et en même temps aussi
    caractéristiques pour le climat intellectuel du système que la perversion du langage, la transformation du sens des mots qui expriment l'idéal du nouveau régime.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Là encore, le rapprochement avec Orwell s'impose. Mais il manque une analyse plus fine, de la part de Hayek, du lien entre liberté et démocratie. On peut, par
    hasard, rencontrer un roi bienveillant. Il n'y a guère qu'en démocratie que l'on peut s'attendre à ce que son successeur le soit également.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>Actualité européenne de Hayek</strong></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp; &nbsp;<span style="font-size: 10pt;">On pourrait renvoyer Hayek à l'histoire des idées. Lire ce livre dans le temps d'une crise européenne renforce encore vivement son actualité.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek se dit partisan d'une Europe fédérale - et recommande le plan de Ivor Jennings (<em>A federation for Western Europe</em>, <a href=
    "http://www.archive.org/details/federationforwes031229mbp">téléchargeable ici</a> pour les curieux).</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La notion de fédération que Hayek a en tête a cependant probablement bien peu à voir avec l'actuel pouvoir finissant.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Quelques passages suffisent à comprendre :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">"<em>Il n'y a pas de grandes difficultés à "planifier" la vie économique d'une petite famille dans une communauté modeste. Mais à mesure que l'échelle grandit,
    l'accord sur les fins diminue et il est de plus en plus nécessaire de recourir à la force, à la contrainte. [...] Plus le nombre de sujets sur lesquels il faut s'entendre s'accroît, plus l'accord
    devient difficile et plus la nécessité de recourir à la force et à la coercition augmente. [...] <strong>il suffit d'imaginer les problèmes soulevés par un planisme économique embrassant une
    région comme l'Europe occidentale pour comprendre qu'il n'existe pas de base morale à une telle entreprise. Quel est l'idéal commun de justice distributive</strong> qui pourrait amener un pêcheur
    norvégien à renoncer à un avantage économique pour aider son collègue portugais ; un ouvrier hollandais à payer plus cher sa bicyclette pour aider un mécanicien de Coventry, ou un paysan français
    à payer plus d'impôts pour aider à l'industrialisation de l'italie ?</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Nous y sommes entre fin de la zone euro et eurobonds, et la force et la coercition augmentent en effet et augemnteront encore si la zone euro est
    préservée.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;La fédération selon Hayek est forcément plus légère que l'actuelle Union européenne "<em>une autorité internationale peut contribuer énormément à la
    prospérité économique si elle se contente de maintenir l'ordre et de créer des conditions dans lesquelles les peuples puissent se développer eux-mêmes."</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sur les pouvoirs d'une autorité inter ou supra-nationale il est en effet réaliste : <em>"Il est [...] tout à fait évident que les nations observeront peut-être des
    règles formelles auxquelles elles ont donné leur accord, mais [qu'] elles ne se soumettront jamais à la direction qu'impliquerait le planisme économique international. Elles seront peut-être
    d'accord sur la règle du jeu, mais n'accepteront jamais que l'ordre d'urgence de leurs besoins et de leurs progrès soit décidé à la majorité des voix. Et <strong>même si les peuples se laissent
    entraîner, par l'effet de quelque illusion, à accepter une telle souveraineté internationale, ils s'apercevront bientôt qu'ils ont délégué, non point une tâche technique, mais un pouvoir dont
    dépendent leurs vies elle-mêmes</strong>".</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">L'histoire retiendra peut-être que c'est en 2011 que les européens se sont aperçus que la liberté est incompatible avec l'arbitraire européen.&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><em>&nbsp;</em></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>L'argument de l'Etat "trop petit pour", ou la barbarie&nbsp;</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les tenants de conglomérats d'états et ceux de l'Union européenne estiment - vaste plaisanterie - que la France est "trop petite pour" : subsister seule, construire
    des trains, lever des impôts, tout y passe. Comme si la Suisse ou la Corée du sud n'étaient pas des états viables.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Hayek : "<em>la démocratie n'a nulle part bien fonctionné sans une large autonomie des gouvernements régionaux, offrant une école d'éducation politique aussi bien
    au peuple qu'à ses futurs dirigeants. Là où l'échelle politique grandit au point que seule la bureaucratie dispose d'une formation suffisante pour l'emporter, l'impulsion créatrice de l'individu
    doit disparaître. Je crois que l'expérience des petits pays comme la Hollande ou la Suisse renferme beaucoup de choses dont même les riches et grands pays comme la Grande-Bretagne peuvent
    bénéficier. <strong>Nous gagnerons tous à pouvoir créer un monde dans lequel les petits Etats puissent subsister</strong></em>."</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><strong>La trahison des sociaux-démocrates</strong></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Dernier point, Hayek reproche amèrement aux sociaux démocrates d'avant-guerre d'avoir facilité la montée du totalitarisme en se ralliant à certaines de ses thèses.
    Il cite notamment les frères Webb au Royaume-Uni, planifiant un monde meilleur dans lequel "<em>le monde appartient néessairement aux grands états puissants ; les petits doivent soit s'intégrer
    dans les grands, soit se voir définitivement écrasé</em>". Ou Werner Sombart en Allemagne, social-démocrate de tout premier plan méprisant les "idéaux commerciaux", parmi lesquels liberté,
    égalité, fraternité et préférant les vertus communautaires.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pour revenir à l'Europe qui écrase les peuples, on peut contempler avec la même amertume qu'Hayek le spectacle d'une gauche qui voit le salut dans encore plus
    d'Europe : "<em>que les progrès du passé soient menacés par les forces traditionalistes de la droite, voilà un phénomène qui a toujours existé et qui ne saurait nous alarmer. Mais que
    l'opposition, tant au Parlement que dans l'opinion, devienne le monopole permanent d'un deuxième parti réactionnaire, voilà qui nous ravit toute espérance</em>". A moi aussi...</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Un livre passionnant donc, qui révèle un auteur brillant. Sur bien des points j'approuve à la fois ses arguments et ses conclusions. Je suis cependant intimement
    persuadé que les libertés individuelles sont indissociables de la démocratie et je n'aurais jamais pu écrire que l'on peut approuver une "bonne dictature honnête". On le voit tourner autour de la
    notion de limite : un pouvoir est légitime s'il est limité et préserve notamment des places distinctes pour la science et la morale, l'Etat et la société.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">S'il pointe un phénomène exact - la volonté de puissance qui anime certains idéalistes, quand bien même leurs idéaux seraient nobles, il donne l'impression que le
    remède consiste à abandonner la notion même de projet collectif. Sans doute <em>Droit, législation et liberté</em> fournit-il des éclaircissements sur ce point.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La force de ce livre réside en tout cas dans le très grand nombre de fois où l'on ressent l'impression qu'il décrit de façon exacte des problèmes d'aujourd'hui. Et
    le moindre d'entre ces problèmes n'est pas la question européenne. &nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 07 Sep 2011 20:21:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">6f26c95402972467af554740be9f03bb</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-friedrich-hayek-la-route-de-la-servitude-83024051-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Jean-Claude Milner - Les penchants criminels de l'Europe démocratique]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-claude-milner-les-penchants-criminels-de-l-europe-democratique-82069616.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/milner.jpg" class="GcheTexte" alt="milner.jpg" height="300" width="300">Jean-Claude Milner a qualifié Bourdieu d'antisémite. Cela seul peut
    conduire à vouloir le disqualifier. Faisons le pari de penser que cela n'est pas rhédibitoire - lire sur <a href="http://www.acrimed.org/article2572.html">Acrimed</a>.
  </p>
  <p>
    Je n'exclus pas, de la part de cet ex-maoïste, que l'on soit face à une sorte de bombe verbale, destinée à mettre le souk. Comme, sur un mode mineur, lorsque dans ce livre, il évoque Lacan
    "<em>dans sa volonté inlassable de clarté...</em>"
  </p>
  <p>
    Une façon, probablement détestable, de ne conserver dans l'auditoire que des esprits prêts à le suivre.
  </p>
  <p>
    Ces manières de débattre, un peu terroristes, n'excluent pas que l'homme ait des choses intéressantes à dire. On note par exemple que Bouveresse, qui donna la réplique à Milner après ses attaques
    contre Bourdieu, <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2004/02/BOUVERESSE/11019">citait Milner en tête d'un long article sur les intellectuels en France</a> dans le Monde diplo.
  </p>
  <p>
    c'est donc profondément intéressant. Même si je dois admettre que je ne l'ai pas, au sens propre, compris. Dans bien des cas, les détours de sa pensée m'échappent. Les ellipses, le jargon
    ("<em>l'écriture des quantificateurs logiques [...] est mise en oeuvre, non sans des distorsions données pour telles</em>."), les affirmations assénées, sont autant d'obstacles à la compréhension
    immédiate (pour des réserves encore plus sévères, lire <a href="http://www.volle.com/lectures/milner.htm">la note de lecture de Michel Volle</a>). Probablement qu'une culture philosophique et
    psychanalytique plus développées sont nécessaires à une meilleure intelligence.
  </p>
  <p>
    Pourtant, bien des passages m'ont passionné et donné envie de creuser.
  </p>
  <p>
    Comme le livre n'est enfin pas résumable, la note ci-dessous est un résumé linéaire, parfois commenté, par moments naïf. Aller plus loin, synthétiser, ajouter une couche de clinquant aurait
    nécessité une troisième lecture...
  </p>
  <p>
    Ce préambule destiné à prévenir le lecteur contre les déceptions éventuelles : avis, auteur inhabituel pour le moins.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Milner commence en citant, au cours de son introduction, avec le titre exact de la mesure nazie conduisant à l'extermination des juifs, décidée lors de la conférence de Wannsee : "<em>Mesures
    préparatoires à la solution définitive du problème juif en Europe</em>".
  </p>
  <p>
    Pour lui, les nazis ont voulu s'inscrire ici dans une tradition européenne qui fait des juifs un problème.
  </p>
  <p>
    D'une certaine manière, selon Milner, ce n'est pas qu'une donnée contingente de l'histoire européenne. Il n'y a pas de raison de considérer que c'est par hasard que les nazis ont été à la fois
    d'ardents européen et des criminels infects. Pour Milner, la suppression des juifs est une "solution" à laquelle l'Europe est condamnée à recourir - spécialement lorsqu'elle se veut moderne.
  </p>
  <p>
    La thèse est assez énorme, mais Milner ne manque pas d'arguments.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    <strong>Chapitre 1 - Les pièges du Tout</strong>
  </p>
  <p>
    La Révolution française s'est posée la question du meilleur gouvernement, susceptible de conduire à une société plus libre et fraternelle. Le XIXème s'est contenté de partir de la société, bonne
    ou mauvaise, pour savoir comment la gérer, telle quelle. Ce mode de gestion s'est appelé démocratie. Il se donne pour programme de ne conserver aucun dehors. Aucun être ne doit échapper à son
    empire. Par exemple, le fou, qui était exclu à l'âge classique, doit devenir un citoyen particulier parmi d'autres. Et cette particularité est à prendre dans un sens faible, elle n'est pas
    destinée à être reconnue, respectée, préservée : elle est appelée à être absorbée dans la Société, fondue dans le sociétal, rendue gérable
  </p>
  <p>
    C'est sans doute l'un des chapitres les plus intéressants, avec le suivant, et l'un de ceux où Milner est le plus fort.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    <strong>Chapitre 2 - L'Europe, la politique et la démocratie</strong>
  </p>
  <p>
    Deux conceptions de l'<strong>histoire</strong> : l'histoire est une continuité et donc un objet politique puisque le passé mène à la situation actuelle (Thucydide/Ecole des Annales) ; l'histoire
    est juxtaposition de configurations singulières, d'où discontinuités (Homère, Fustel de Coulanges, Dumézil).
  </p>
  <p>
    Une conception de la <strong>politique</strong> : la politique soumet l'individu à des lois générales, sous la forme de syllogisme. Par exemple : tout condamné à mort aura la tête tranchée.
  </p>
  <p>
    Cette modalité <strong>universaliste</strong> de la politique ne connaît pas les individus et procède par règle générale. Milner la fait découler d'une reprise par l'Eglise de la politique
    d'Aristote. Aristote n'appliquait pas ses syllogismes à des individus (tout homme est mortel donc Socrate est mortel n'aurait pas pu être formulé par Aristote).
  </p>
  <p>
    L'Eglise a étendu la forme du syllogisme aux individus, notamment pour traduire le message de Saint Paul : "<em>tous les hommes ont pêché en un seul (Adam), tous les hommes seront sauvés en un
    seul, Jésus</em>". Ceci doit permettre d'inclure tout un chacun dans l'assemblée chrétienne.
  </p>
  <p>
    Ceci comprend un potentiel de violence, que l'on retrouve dans la pratique démocratique.
  </p>
  <p>
    En effet, la démocratie est théoriquement le règne de tous. En pratique, c'est le règne de la majorité qui impose perpétuellement ses choix au reste de la collectivité démocratique - Milner
    rappelle que le <em>kratos</em> de la démocratie c'est la force, non le pouvoir réglé (<em>arché</em>).
  </p>
  <p>
    La justification de cet état de fait n'est toujours pas trouvée - les théoriciens élaborent des notions comme le contrat social, le patriotisme constitutionnel ou autre. Dans tous les cas, la
    démocratie&nbsp; reposer des bricolages institutionnels destinés à justifier que du choix majoritaire on passe à la règle de tous - bricolage traduit dans des formes, des modalités de scrutin
    etc.
  </p>
  <p>
    Point extrêmement important : ce bricolage ne fragilise pas pour autant la démocratie.
  </p>
  <p>
    C'est bien parce que toute la démocratie réside dans des formes que ces formes doivent être respectées au risque même de l'inéquité - Milner souhaite que l'on ne se scandalise pas de l'élection
    d'un Bush minoritaire en voix, si cette décision respecte les rites démocratiques américains (en l'occurrence l'aura, méconnue en France, de la Cour Suprême) : "<em>quiconque voudrait un peu trop
    sincèrement que l'équité ait le dernier mot en matière de vote, court toujours le risque de choisir la face obscure de la force</em>".
  </p>
  <p>
    De fait, les rites politiques préservent ainsi un écart entre la sphère politique et la société - Milner appelle cette conception le logico-politique. Dans ce cadre, on sait que la politique
    repose sur une assimilation de la majorité à tous, et on en accepte les contraintes - même si existent heureusement des limites à l'abus de la majorité, avec la notion de droits de l'Homme telle
    que formulée en 1789
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Carl Schmitt - la modernité en général - veut réduire cet écart à rien, en posant une égalité entre gouvernants et gouvernés. Deux choix s'imposent pour réaliser cet équivalence : soit les
    gouvernés sont limités (à une race, une ethnie, une nation), soit les gouvernés sont illimités et on peut poser une équivalence entre "les gouvernés" et "la société".
  </p>
  <p>
    Milner fait jouer ici les concepts lacaniens définis dans son chapitre 1 de <em>tout limité</em> (une collection d'individualités) et de <em>tout illimité</em> (la totalité existante, qu'il
    appelle, reprenant un terme lacanien pas très heureux : "<em>pastout</em>").
  </p>
  <p>
    Même si la formulation de Milner est fautive, fragile, maladroite, crispante et quelque peu infatuée, ce qu'il décrit est juste : pour faire vite, dans la conception américaine de la société, ce
    n'est pas le peuple qui gouverne, un peuple fictif et idéalisé tel que décrit et défini par la règle majoritaire, mais le pouvoir qui gère la société comme une juxtaposition de minorités
  </p>
  <p>
    <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-1959344.html">Zizek a probablement reformulé Milner</a> en 2005, dans "Que veut l'Europe ?", en opposant l'universalisme républicain à la
    gouvernementalité sociétale américaine :
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong><em><span style="font-size: 10pt;">L'idéologie républicaine française est l'incarnation de l'universalisme moderne : d'une démocratie, fondée sur une notion universelle de citoyenneté. En
    totale opposition avec elle, les USA représentent une société globale, une société dans laquelle le marché global et le système légal servent de contenant (plutôt que le proverbial melting pot) à
    la prolifération infinie d'identités minoritaires particulières. Le paradoxe est pourtant que les rôles respectifs de chacun semblent s'être inversés : la France, avec son universalisme
    républicain, est de plus en plus perçue comme un phénomène particulier menacé par le processus de globalisation, tandis que les USA, et leur multitude de groupes demandant la reconnaissance de
    leur identité particulière, spécifique, apparaissent de plus en plus comme le modèle universel.</span></em></strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Milner pose d'ailleurs que l'Europe est en train de s'aligner sur le modèle américain, comme le note Zizek également. C'est d'ailleurs en cela que le référendum de 2005 est une date qui pourrait
    rester dans l'histoire comme le moment où la démocratie, sous sa forme républicaine, est tombée. Que dès 2008 l'ensemble des élites françaises ait pu consentir à gifler l'expression majoritaire
    du suffrage est un point de bascule du "modèle républicain" vers un "modèle américain".
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Où est le problème de ce passage à un modèle de démocratie sociétale ? Il réside dans le fait qu'il est censé appliquer des procédures créées pour s'appliquer à un ensemble limité et défini (les
    procédures du régime logico-politique) à un ensemble devenu illlimité et non défini (la société moderne).
  </p>
  <p>
    Pour définir un espace démocratique, il faut en effet un dedans et un dehors, des membres et des non-membres. La société c'est n'importe qui, cela peut inclure les hommes et les bêtes ; le
    touriste de passage comme l'indigène le plus crotté ; sur un territoire qui n'a finalement plus de raison valable non plus d'être délimité - voire les avancées occidentales en Lybie, en Côte
    d'Ivoire...
  </p>
  <p>
    Vont dans ce sens à la fois les décisions qui entendent accorder largement le droit de vote, ou en réduire la portée à pas grand chose (les deux mouvements se complètent d'ailleurs parfaitement :
    on peut distribuer un droit d'autant plus facilement qu'on en a réduit la portée à plus grand chose), mais aussi celles qui souhaitent imposer un droit valable en dehors même du territoire
    d'application (droit d'ingérence, pénalisation du tourisme sexuel etc
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p class="hitcitation">
    <strong>Le problème des retraites :</strong>
  </p>
  <p class="hitcitation">
    Un traitement logico-politique, c'est à dire acceptant les limites, du problème des retraites consiste pour Milner à intégrer cette solution dans des institutions nationales - par des décisions
    techniques. Un traitement illimité, sociétal,&nbsp; consiste à renvoyer à l'illimité des marchés financiers, sous-ensemble de la société, vers les fonds de pension par exemple.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;<strong>Chapitre 3 - La solution définitive</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Les juifs posent à la politique un "problème" au sens où ils "font exception".
  </p>
  <p>
    Les Lumières ont trouvé une solution pour intégrer les minorités religieuses : la culture devient distincte de la religion. La religion sort de la sphère politique pour devenir privée et la
    culture devient l'élément partagé entre citoyens ("<em>la solution définitive du problème juif est le devenir bourgeois-cultivé des juifs dans le cadre d'un Etat-nation réglé par les droits de
    l'homme - ceux de 89 - et détenteur d'une culture reconnue</em>".)
  </p>
  <p>
    Pour l'<em>Aufklärung</em> - les Lumières allemandes, la solution est légèrement différente et passe par une intellectualisation de la religion, une intégration du religieux au culturel.
  </p>
  <p>
    L'antisémitisme combat cette dissolution du judaïsme dans la communauté et exige que les juifs demeurent distincts : puisqu'ils sont partout on risque de ne plus pouvoir les surveiller (Maurras).
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p class="hitcitation">
    <strong>Question ouverte :</strong>
  </p>
  <p class="hitcitation">
    Milner semble partisan du logico-politique, d'un monde où le politique demeure distinct du social. Il apparaît nettement partisan du formalisme politique contre la règle sociétale. Il note
    néanmoins que pour Maurras aussi, politique et société doivent être distincts - la politique doit même primer sur la société. Milner tient-il&nbsp; que la politique et la société doivent être
    égales, dans une relation plus complexe ? De façon générale, le modernisme et la modernité sont associés à l'illimité, rejettent hors d'eux le logico-politique et ses règles. Heidegger, Carl
    Schmitt étaient des anti-modernes (qui se sont illusionnées sur l'ultra-moderne Hitler), comme Maurras. Milner est-il anti-moderne ?
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    L'antisémitisme pourrait n'être qu'une maladie, le fait de quelques égarés, sans invalider la solution des Lumières. Milner voit cependant dans le cas de Simone Weil l'échec de cette solution.
    Ayant hystérisé le devoir d'intégration, cette philosophe d'origine juive, en vient à écrire, en 1942, que "<em>les Juifs cette poignée de déracinés, a causé le déracinement de tout le globe
    terrestre [...] les antisémites naturellement, propagent l'influence juive. Les Juifs sont le poison du déracinement.</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    De toute façon, selon Milner, les Lumières et le logico-politique étaient enterrés par la première guerre mondiale.
  </p>
  <p>
    Selon lui en effet, la mobilisation totale au bénéfice de la guerre a fait passer au premier rang la technique. Et le nazisme n'est que l'aboutissement de cette logique de mobilisation totale au
    mépris du formalisme des droits individuels. Pour Milner, le nazisme est donc l'aboutissement de la modernité d'une certaine manière, il porte en lui le rejet absolu des limites. Heidegger,
    conservateur réclamant le règne de l'identifié, s'y serait trompé, mais pas Jünger, qui a clairement vu en Hitler le "Grand Forestier", l'homme qui déracine.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>Chapitre 4 - l'instant de 45</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    La chambre à gaz est la solution nazie au problème juif : ultramoderne, technicienne et dépourvue de sentiment - des freins à l'action.
  </p>
  <p>
    Mais le problème juif n'est pas posé qu'aux nazis. Il pèse, dans les années 30, sur les partisans de l'Europe.
  </p>
  <p>
    Jean Giraudoux se réjouit ainsi en 1939 que la France ait accueilli toute l'Europe "<em>je ne saurais que louer nos dirigeants d'avoir fait de la France un refuge pour nombre de vrais
    européens</em>". Il dénonce cependant les "hordes" Ashkénazes "échappées des ghettos" qui "encombrent" nos hôpitaux... Juste après publication de Pleins Pouvoirs, où figurent les lignes
    ci-dessus, il est nommé commissaire à l'information du gouvernement Daladier... Milner : "<strong><em>Croit-on sérieusement que les pères de l'Europe pensaient autrement que Giraudoux
    ?</em></strong>"
  </p>
  <p>
    Pour moi qui ait depuis longtemps l'idée que <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-18434737.html">les gentils européens ne sont pas forcément blanc-bleu</a>s, pas de surprise. On
    rappellera par exemple que <a href="http://www.u-p-r.fr/dossiers-de-fond/victor-hugo/pourquoi-est-ce-un-mensonge">l'Europe de Victor hugo est une europe blanche et chrétienne</a>.
  </p>
  <p>
    Donc l'Europe de 1945 hérite d'un "cadeau" fait par Hitler : les juifs ont disparu. Bien évidemment ce cadeau ne peut être loué comme tel. Il convient d'oublier. Plus généralement, l'Europe et
    son achèvement sont une sorte de fin de l'histoire puisqu'il convient de refouler celle-ci.
  </p>
  <p>
    Milner : "<em>On peut à partir de cet instant parler d'une véritable axiomatique européenne :</em>
  </p>
  <p>
    <em>- de l'histoire, ne peut venir que le pire, c'est-à-dire la guerre ;</em>
  </p>
  <p>
    <em>- qui veut la paix doit refuser l'histoire ;</em>
  </p>
  <p>
    <em>- rien ne compte et ne doit compter de ce qui précède la réconciliation.</em>
  </p>
  <p>
    <em>en particulier il ne peut y avoir d'histoire européenne qui précède le processus d'unification ; en général il ne doit pas y avoir d'histoire nulle part; hormis l'engagement dans le processus
    qui doit conduire à la résolution de quelque conflit. [...] Cette axiomatique est dans le cerveau de tous les décideurs européens [...] Elle explique des décisions de détail ; ainsi l'élimination
    de l'histoire dans les programmes scolaires.</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Un passage contourné pose que l'Europe donne généralement la préférence aux faibles et aux vaincus - autre façon de dire qu'elle est chrétienne et aime à tendre la joue gauche après qu'on lui eût
    giflé la droite. Seule exception : la victoire de 1945 est célébrée comme telle, pour une et une seule fois, les forts sont justes et les justes sont forts. Il s'agit, selon Milner, de masquer
    qu'Hitler a en réalité vaincu : l'Europe est libérée des juifs comme le souhaitaient les nazis
  </p>
  <p>
    L'Europe d'ailleurs est si fière d'elle-même qu'elle peut maintenant se passer de soutenir Israël. Autant elle a eu besoin de se féliciter en 1948 de la création de l'état des juifs, qui prouvait
    la défaite d'Hitler, autant, l'histoire étant refoulée, elle peut oublier 1945 et la mauvaise conscience à l'égard des juifs. Israël devra même disparaître pour que l'Europe enterre
    définitivement 1945 ("<em>Israël devra disparaître pour permettre l'adéquation de l'Europe à son image rêvée</em>").
  </p>
  <p>
    Même jugement abrupt sur "le nom palestinien" : "<em>s'il n'est pas synonyme du nom arabe, qu'est-il ? Rien, peut-être.</em>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>Chapitre 5 - L'Europe illimitée</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Quelles peuvent être les structures d'un régime politique de l'illimité, qui rejette le logico-politique et sa rationalité ?
  </p>
  <p>
    Quatre caractéristiques pour Milner, l'illimité est un régime où :
  </p>
  <p>
    "<em>a. les pouvoirs sont multipliables sans limite, au lieu d'être strictement limités en nombre, comme chez Montesquieu ou chez Kant, qui le commente ;</em>
  </p>
  <p>
    <em>b. Où le domaine d'exercice de chaque pouvoir soit illimité, ne s'arrêtant que par un pur et simple rapport de forces, variable selon les circonstances ;</em>
  </p>
  <p>
    <em>c. Où les frontières cessent de valoir ;</em>
  </p>
  <p>
    <em>d. Où l'organisation générale des pouvoirs cesse d'être arborescente, pour devenir rhizomatique.</em>"
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    On croirait un compte rendu des <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-31641036.html">idées pâteuses et effrayantes de Pierre Rosanvallon</a>, exprimées dans un article qu'il concluait
    ainsi : "<span style="font-size: 10pt;">&nbsp;</span><em><span style="font-size: 10pt;">L'Europe ne pourra être chérie par les citoyens que si elle devient également un vivant terrain
    d'expérience de <span style="font-size: 12pt;"><strong>la démocratie post-électorale</strong></span>.</span></em><span style="font-size: 10pt;">"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><strong>L'élection voilà l'ennemie.</strong> Tout le reste du texte de Rosanvallon vantait une pulvérisation du pouvoir, bien décrite par Milner.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Milner décrit ensuite ce qu'est la paix européenne. L'Europe c'est la paix est un adage bien connu. C'est aussi un continent qui invente l'expression "processus de paix" : la guerre chaude en
    voie de refroidissement. La paix, c'est tout aussi bien celle que l'on obtiendra après la guerre. Avec la Lybie ou la Côte d'Ivoire, on sent que l'Europe qui fait ses premiers pas à l'extérieur
    est prête à armer la paix si nécessaire. L'Europe c'est la paix, mais une paix qui peut passer par la guerre - et des <em>dommages collatéraux</em>.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Même effet dissolutif de l'illimitation européenne : la notion de droits de l'homme. En 1789 elle signifiait la liberté des corps contre l'arbitraire. Aujourd'hui n'importe quoi devient un droit
    de l'homme dès lors que la doxa du moment en a décidé ainsi.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Paix, droits de l'homme et démocratie dans leur acception illimitée, européenne, deviennent synonymes du mouvement qui consiste à devenir européen. Construction européenne, paix, droits de
    l'homme et démocratie, c'est tout un. Et l'Europe, selon Milner, ainsi vouée au projet de son devenir européen, peut accepter un compromis avec l'Islam, sur une base territoriale : L'Europe
    achève sa construction et englobera un jour les Etats-Unis, l'Islam se débarrassera d'Israël.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Tout se tient chez Milner, où semble se tenir. L'abus réside dans le passage de la possibilité à la nécessité, par des tours de passe-passe qui s'apparentent au bonneteau : "<em>les Européens
    croient au [mot paix], pas au [jihad] ; les musulmans croient au [jihad] mais pas au [mot paix]. Mais <strong>pour cette raison même</strong>, la mise en équation des opposés unit
    l'humanité"</em>. La comparaison n'est pourtant pas raison.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Que l'Union européenne soit une potentielle machine de guerre aveugle, je n'ai aucun mal à le croire. Qu'elle le soit nécessairement, et nécessairement tournée contre les juifs, reste à prouver à
    ce stade. Milner n'y renonce pas et consacre le chapitre suivant à ce point.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Chapitre 6 - Le nom juif
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    L'identité juive - Milner n'emploie pas ce terme d'identité, il tourne autour de la notion de "nom" juif - a ceci de particulier qu'elle repose intégralement sur une relation
    masculin/féminin/parents/enfants. Il nomme cela <em>quadriplicité</em>. Je dois dire que la démonstration de ce point, qui fait appel à Lacan et d'autres, m'a échappée.
  </p>
  <p>
    Milner énonce également qu'en dehors de la quadriplicité, de la transmission familiale et sexuée, on se perd dans l'illimité. Hors toute la modernité, et les religions autres que juives,
    rejettent la quadriplicité.
  </p>
  <p>
    L'oubli enfin de la quadriplicité conduit au racisme ("<em>racisme doit s'entendre d'une seule et même manière : la haine de la quadriplicité</em>"). Plus exactement, Milner rebaptise du nom de
    racisme la haine de la quadriplicité. On peut d'ailleurs se demander s'il ne rabat pas, par la même occasion, la notion de racisme sur celle d'antisémitisme.
  </p>
  <p>
    &nbsp;Plutôt que des allusions trop rapides à Lacan, j'aurais préféré des arguments plus solides.
  </p>
  <p>
    Il reste que je suis assez volontiers Milner lorsqu'il pose que la modernité illimitée s'oppose aux juifs qui n'ont aucun besoin de se perdre dans l'illimité, eux que la circoncision et les rites
    suffisent à définir.
  </p>
  <p>
    Je le suis donc également volontiers lorsqu'il explique pourquoi les juifs posent toujours problème aux tenants de la modernité et de la mobilisation générale.
  </p>
  <p>
    Je ne le suis pas lorsqu'il passe à la limite en expliquant quasiment que la société moderne, dont l'Europe reste le centre, n'a qu'un "problème", les juifs, auquel elle ne peut apporter qu'une
    "solution", l'extermination.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>Conclusion de Milner :</strong>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    "<em>le premier devoir des juifs c'est de se délivrer de l'Europe</em>".
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <strong>Conclusion personnelle :</strong> le premier devoir de tous ceux qui restent attachés à une conception démocratique de la politique, c'est à dire à un jeu où une collectivité accepte de
    se donner à elle-même sa règle, est de refuser l'Europe. Et pour les mêmes raisons que Milner : parce que l'Europe refuse aujourd'hui la limitation, parce qu'elle n'est sage que par accident,
    parce qu'elle est endormie, parce qu'un jour elle sera meurtrière alors même qu'elle aura conduit chacun de ses citoyens à oublier même le contenu de l'idée de citoyenneté.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    &nbsp; *
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp; Sur bien des points, Milner est excessif, elliptique, narquois parfois et difficile à dire. Il offre cependant tant de perspectives de recherche intéressantes qu'il serait dommage de ne
    pas, au minimum, se confronter à ses idées. A ce sujet, les deux volumes de son Court traité politique, que j'ai lus après ce livre, sont peut être plus faciles d'abord.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 24 Aug 2011 07:49:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">8c882c4e1679ced1fcece3f75a520510</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-claude-milner-les-penchants-criminels-de-l-europe-democratique-82069616-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Jean-Pierre Chevènement - La France est-elle finie ?]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-pierre-chevenement-la-france-est-elle-finie-80735425.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/jpc.jpg" class="GcheTexte" alt="jpc.jpg" height="300" width="300">Ayant été <a href=
    "http://www.lalettrevolee.net/article-jean-pierre-chevenement-receleur-64409043-comments.html#anchorComment">assez rude avec Chevènement</a> ces derniers temps, j'ai voulu lire ce livre décrit
    comme une réussite.
  </p>
  <p>
    En effet, Chevènement démontre brillamment qu'il maîtrise son sujet : sur l'histoire de France, récente ou plus ancienne, il est excellent.
  </p>
  <p>
    Ses lectures m'ont aussi favorablement impressionné : de Lacroix-Riz à Stiglitz en passant par André Gauron,&nbsp; Mauriac ou Bernard Stiegler il a énormément lu (je ne pense pas que ce soit le
    genre à digérer des notes de lecture ou à faire écrire son livre par un nègre).
  </p>
  <p>
    Chevènement est donc un intellectuel brillant. Je persiste à penser qu'il n'est pas un politique exceptionnel.
  </p>
  <p>
    L'intérêt n'est pas de critiquer gratuitement, mais de comprendre comment, en partant d'un diagnostic correct, il aboutit à une impasse.
  </p>
  <p>
    J'ai noté d'une part une obsession pour la relation franco-allemande. Il est exact à mon sens, comme l'écrit Chevènement, que l'Europe est un refuge pour la France parce que le souvenir de la
    défaite de 1940 est encore un trauma national. L'Europe est, pour nous, une sorte d'exorcisme. Nous nous sommes donc laissés enfermer dans un système qui, aujourd'hui, joue à nos dépens. La
    monnaie unique, notamment, loin de nous protéger, nous étouffe - et Chevènement est de ce point de vue très précis, voire minutieux, dans son analyse de la construction européenne et des erreurs
    françaises.
  </p>
  <p>
    Pour Chevènement, il suffirait cependant de convaincre l'Allemagne d'assouplir la politique monétaire de la BCE, et de prendre quelques mesures correctrices, pour rendre l'Europe viable.
  </p>
  <p>
    C'est à mon avis oublier deux choses : d'une part, il est exact que la France et l'Allemagne forment probablement le couple moteur de l'Union européenne. Mais c'est oublier un peu rapidement que
    le Royaume-Uni compte, et peut former des alliances avec d'autres (Pays-Bas, Italie, Espagne), sur tel ou tel sujet. Lorsque Chevènement explique qu'une alliance franco-allemande pour instaurer
    une dose de protectionnisme européen changerait la face de l'Union, il s'illusionne. Ni le Royaume-Uni ni les Pays-Bas, ni la Suède n'en voudraient. Sachant cela d'ailleurs, l'Allemagne n'aura
    aucune raison de changer la position libérale qui est aujourd'hui la sienne.
  </p>
  <p>
    D'autre part, le système de changes fixes qu'est l'euro resterait un handicap lourd, même avec quelques amodiations sous forme de politique de grands travaux ou d'un zeste de protectionnisme.
  </p>
  <p>
    La France ayant une inflation structurelle plus forte que l'Allemagne, a besoin de dévaluer régulièrement (Chevènement cite ainsi Otto Von Lambsdorf, ex ministre des finances allemand, pour qui
    le SME, précurseur de l'euro était "<em>un système de subvention à l'exportation au bénéfice de l'industrie allemande.</em>" Il note qu'avec ce système, nous avons réussi, de 1998 à 2009, à
    réduire la part de l'industrie française de 22% à 14% du PIB, et à multiplier par 4 notre déficit commercial avec l'Allemagne.)
  </p>
  <p>
    A mon sens, Chevènement s'arrête à deux doigts d'un rejet complet de l'Union européenne pour une raison, et une seule : il pense et croit que l'Allemagne souhaite une Europe fédérale dans
    laquelle la France serait un partenaire de force égale. C'est une erreur à moyen terme. Je suis persuadé que l'Allemagne n'est pas dans l'Union européenne de son plein gré aujourd'hui, et que la
    fin de l'Union ne lui causerait qu'une peine mineure pour laquelle elle n'est pas prête à de grands sacrifices.
  </p>
  <p>
    Cehvènement note pourtant bien que la cour de Karlsruhe renâcle à concéder de nouveaux pouvoirs fédéraux à l'Union européenne. Il souhaite cependant que l'Allemagne puisse "<em>trouver le chemin
    du débat républicain, en son sein comme avec ses voisins, de façon à définir un intérêt général européen</em>".
  </p>
  <p>
    Dans le reste de son ouvrage, Chevènement est bien en peine de donner un contenu concret à cet intérêt général européen.
  </p>
  <p>
    Alors même qu'il excelle à démêler comment la construction européenne s'est faite au gré des intérêts divergents des nations qui la composent, il recourt parfois à des raccourcis que le lecteur
    attentif ne peut qu'assimiler à des contresens. Par exemple, lorsque Chevènement décrit sa position politique au début des années 70, favorable au "<em>grand dessein de l'indépendance nationale
    (et donc potentiellement européenne)"</em>. Le "donc" mériterait de longs développements qui sont absents.
  </p>
  <p>
    L'hypothétique notion d'intérêt général européen est mise par Chevènement pour raccrocher à la notion d'intérêt général, forte dans la culture politique française, le système européen. Mais
    aucune des institutions qui construisent en France sinon un intérêt général du moins des décisions acceptées, n'est viable au niveau européen. Chevènement devrait refuser de se payer de mots. On
    a parfois l'impression qu'il prépare des slogans pour 2012, notamment lorsqu'il réclame un "euro juste", "ni trop faible ni trop fort", qui a l'air d'être là pour servir à Ségolène et à son
    "ordre juste".
  </p>
  <p>
    Dans sa description des mesures qui rendraient l'euro viable, on croirait lire <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-s-80059815.html">les enfilades de voeux pieux du PCF</a> : il faut un
    euro juste, donc des concessions allemandes ; des salaires minimums européens ; un accord international sur les parités justes ; un grand emprunt européen ; des mesures de contrôle des changes...
    Certes, pas complètement inconscient, Chevènement concède qu'à défaut, il faudra abandonner la monnaie unique, cette "<em>expérimentation hasardeuse</em>".
  </p>
  <p>
    Au fond, ce qu'a l'air de reprocher l'auteur à l'Union européenne, c'est de ne pas fonctionner.
  </p>
  <p>
    Il a l'air de vouloir indiquer qu'une reprise en main du couple franco-allemand devrait faire repartir ce délicat atelage.
  </p>
  <p>
    J'en suis à un point, et l'actualité illustre cela chaque jour, où je suis persuadé que le vice de la construction européenne réside dans l'idée même d'une construction politique unique pour
    regrouper une trentaine de nations parmi les plus développées de la planète. Cela nécessite une critique plus radicale, au sens premier du terme, que le simple constat d'un échec qui peut être
    assimilé à une simple panne d'un modèle par ailleurs performant.
  </p>
  <p>
    Chevènement cède donc souvant à la révérence de bon aloi à l'égard de l'idée européenne, notamment en évoquant la "<em>nécessaire union des peuples européens</em>", qu'il conviendrait selon lui
    de distinguer de l'Union européenne, comme Platon distinguait les idées de leur incarnation jamais assez pure...
  </p>
  <p>
    Une sorte de révérence curieuse pour Mitterrand l'amène également à des platitudes énormes, comme "<em>le choix européen de François Mitterrand a eu une conséquence heureuse, il nous a permis de
    penser un espace européen plus large que l'espace national</em>". Comme si la France avait eu besoin de Mitterrand pour comprendre qu'elle s'inscrit dans un réseau de relations complexes avec ses
    voisins !
  </p>
  <p>
    A mon sens, on ne peut être un internationaliste conséquent et partisan d'une union <em>nécessaire</em> des peuples européens.
  </p>
  <p>
    C'est d'ailleurs probablement parce qu'il n'est guère internationaliste que Chevènement ne peut concevoir l'Union européenne que comme un équilibre de deux puissances, la France et l'Allemagne.
    Aujourd'hui, l'urgence n'est pourtant pas d'unir comme dans un carcan les pays du continent européen. L'urgence est de définir des règles équitables pour les relations internationales, à travers
    l'ONU, le g8 ou le g20. Toutes instances où la France siège en toute indépendance, pour le moment, et pourra être efficace le jour où elle cessera de perdre son énergie dans une union ubuesque.
  </p>
  <p>
    Dans la conclusion de son livre, toutes les contradictions de Chevènement s'étalent en trois pages. On peut ainsi lire que "<em>l'euro nous étouffe</em>", que le "<em>bateau France est immobilisé
    au milieu de l'océan, il a fait fausse route</em>". La solution de l'auteur est imagée, il faut que la France "<em>redevienne elle-même</em>". Pour les solutions concrètes, comme la sortie de
    l'euro, "<em>la France attendra</em>", "<em>nous n'en sommes pas là</em>", "<em>la patience est nécessaire</em>".
  </p>
  <p>
    Précisément, c'est sur cette question décisive du choix du moment que Chevènement commet une erreur politique majeure.
  </p>
  <p>
    Il faut aujourd'hui trancher le noeud gordien. Imaginons que demain, la France patiente encore et que, par exemple, la Grèce soit sortie de l'euro, accompagnée ou non du Portugal. Des règles
    encore plus strictes seraient adoptées pour lier nos politiques budgétaire et probablement fiscale. Nous nous retrouverions dans une zone euro à l'orientation encore plus restrictive, et en ayant
    consenti encore des efforts importants pour sauver l'euro, comme si cela en valait encore la peine. Et un président élu avec un programme de sauvegarde de l'euro ne pourra pas plaider, une fois
    élu, qu'en réalité il convient d'abandonner la monnaie unique.
  </p>
  <p>
    Foin donc de tergiversations. A quelques mois de présidentielles où il a l'intention de se présenter, au coeur d'une crise internationale majeure, Chevènement estime qu'il est urgent d'attendre.
    Au risque d'être encore une fois dur avec un auteur dont le livre m'a agréablement surpris, je crois qu'il a raté l'occasion de donner un sens à sa carrière politique, de se dépasser pour se
    hisser au niveau des enjeux historiques de l'heure. Il reste un très bon livre pour qui veut comprendre les impasses de l'heure à la lueur des deux derniers siècles d'histoire.
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 02 Aug 2011 20:22:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">01c4a276f5ca56f401f9d2be4d7af783</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-pierre-chevenement-la-france-est-elle-finie-80735425-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Jean-Jacques Rosa. L'euro : comment s'en débarrasser]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-jacques-rosa-l-euro-comment-s-en-debarrasser-78167582.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/rosa.jpg" class="GcheTexte" width="300" height="300" alt="rosa.jpg">Jean-Jacques Rosa est professeur d'économie à Sciences-Po. C'est un
    libéral sérieux, au sens où son enseignement repose sur la lecture et la libre discussion de textes de référence.
  </p>
  <p>
    Indubitablement c'est un esprit fort car il fait partie des rares économistes à s'être élevés publiquement contre l'euro dès le début. Il publiait ainsi "<em>L'erreur européenne</em>" dès 1998.
  </p>
  <p>
    Sur <a href="http://www.jjrosa.blogspot.com/">son blog</a>, malheureusement en anglais (ce qui, à mon avis, le prive de tout dialogue avec ses lecteurs), il commente favorablement des auteurs
    plutôt de gauche comme Rodrik ou Krugman ou déniche <a href="http://jjrosa.blogspot.com/2011/06/case-against-euro.html">un article de la Réserve fédérale de San Francisco</a> montrant que la
    politique de la BCE sert les états du nord de la zone euro.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    Son court ouvrage est original pour plusieurs raisons.
  </p>
  <p>
    &nbsp;En bon libéral soucieux des questions <strong><em>d'intérêt</em></strong>, il se pose la question de savoir qui gagne réellement à l'euro - question que l'on pourrait tout aussi bien
    trouver furieusement marxiste.
  </p>
  <p>
    Pour lui, l'euro est un projet porté par les groupes européens désireux de coordonner des politiques de cartel (les banques au premier chef, mais toutes les industries également), mais aussi par
    les grands emprunteurs (banques, états et entreprises) susceptibles d'économiser quelques points de pourcentage sur leurs emprunts libellés en une monnaie forte (A terme cependant, la perte
    globale de croissance entraînée par l'euro fera plus que compenser ces gains initiaux y compris pour les groupes considérés.)
  </p>
  <p>
    Il s'est donc constitué, pour Rosa, une classe qui a un intérêt direct à l'Union européenne et à son renforcement, y compris un intérêt personnel et financier direct ("<em>les plus grandes firmes
    payant généralement des salaires plus élevés que les plus petites, le prestige et les rémunérations des fonctionnaires et dirigeants politiques sont liés à la grande dimension de l'ensemble
    qu'ils régissent</em>".)
  </p>
  <p>
    Il rappelle également que dans un monde où les frontières s'affaissent, l'avantage est aux nations capables de s'adapter rapidement, pas à des structures hiérarchiques centralisées de type
    bruxellois.
  </p>
  <p>
    Autre point : les bulles grecques, irlandaise et espagnole viennent aussi du fait que le taux d'intérêt de la BCE était trop élevé par rapport à la situation de <em>boom</em> économique que
    connaissaient ces pays. Des taux d'intérêt gérés par des banques centrales nationales, décentralisés, auraient été plus élevés dans des périodes de prosperité, limitant les bulles.
  </p>
  <p>
    &nbsp;Il revient enfin en détail sur la notion de zone monétaire optimale et montre pourquoi la zone euro ne constitue pas une ZMO, en l'absence notamment d'un budget fédéral européen.
  </p>
  <p>
    Libéral cohérent, <strong>il sait chercher ailleurs que dans des raisons économiques les raisons qui empêchent la constitution d'un budget fédéral européen</strong> : l'absence d'un corps
    politique européen ("<em>pour que de tels transferts soient consentis entre pays indépendants il faut une autorité politique légitime capable de faire accepter des impôts correspondants aux
    contribuables de certains pays pour venir en aide, de façon parfois massive, à des citoyens d'autres pays. Cela n'existe pas en Europe où l'impôt proprement européen est minime et sert
    principalement aux subventions agricoles de la PAC. Les réticences des pays d'Europe du Nord à payer pour aider la Grèce montrent d'ailleurs toutes les difficultés de ce genre en l'absence d'une
    unification politique, mais mettent également en doute la possibilité d'une telle unification qui suppose l'existence préalable d'une solidarité suffisante</em>". En d'autres termes, les
    concepteurs de l'euro ont mis la charrue avant les boeufs.)
  </p>
  <p>
    Sur la sortie de l'euro, qu'il préconise, il ne nie pas que cela peut avoir un coût en termes de renchérissement de la dette. Mais rien à voir avec le cataclysme annoncé. Pour lui, la dette
    serait accrue de 11% du PIB, ce qui est important mais doit être mis en regard avec les hausses de rentrées fiscales que permettront &nbsp;le retour à la croissance, via notamment la dévaluation
    du franc - par ailleurs j'ai, à titre personnel, un doute sur ce coût de 11%, j'y reviendrai plus tard.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    J'aime surtout que ce court ouvrage écrit par un libéral se termine par des considérations politiques portant sur la notion de démocratie.
  </p>
  <p>
    En termes de satisfaction des électeurs, Rosa note par exemple que l'adoption de politiques centralisées par Bruxelles provoque mécaniquement plus de mécontentement dans l'Union (et de
    désintérêt) que la décision décentralisée dans chaque communauté politique nationale - je gage qu'un ministre européen des affaires étrangères nous aurait ainsi engagés en Irak, toute l'Union,
    alors que dans un cadre décentralisé, chaque nation européenne a fait ses choix propres.
  </p>
  <p>
    Très platement, il note que l'électeur français choisit 100% de la représentation nationale, contre 13% du Parlement européen. J'ajoute que l'électeur français y gagnerait algébriquement si le
    pouvoir du Parlement européen était sept fois supérieur à celui du Parlement français. J'en doute.
  </p>
  <p>
    Même chose, l'électeur français nomme 100% du gouvernement français mais 4% des commissaires européens...
  </p>
  <p>
    Ces chiffres ne mesurent rien de tangible mais illustrent bien le fait que "<em>le passage à une politique continentale ne peut qu'affaiblir la satisfaction démocratique des électorats nationaux
    si ces derniers ont des préférences spécifiques et ne forment pas, en termes de préférences, un "peuple unique" avec ceux des autres pays membres</em>".
  </p>
  <p>
    En sens inverse de cette dilution du pouvoir des électeurs associée à une plus forte insatisfaction, le pouvoir des lobbies est évidemment renforcé : il est bien plus rentable pour des lobbies
    industriels d'obtenir des décisions favorables dans un marché centralisé de 450 millions de consommateurs que dans plusieurs marché de quelques millions, voire milliers d'habitants.
  </p>
  <p>
    Le plus grave de toute cette aventure européenne, au delà de ces considérations qui pourraient paraître mesquines, est que la construction européenne nous demande de nous habituer chaque jour à
    moins de démocratie. C'est au fond ce qui choque le plus le citoyen Rosa, plus encore, j'en ai l'impression, que l'économiste. Et c'est ce qui me conduit à trouver ce livre très attachant.
  </p>
  <p>
    Selon Rosa, il y a tout à gagner à l'éclatement de l'euro, y compris donc une certaine restauration de la démocratie : "<em>En renversant le mouvement, dans le domaine monétaire, par la
    sécession, on restaure ainsi les conditions d'une discussion ouverte de ces politiques. <strong>Une telle mutation revitalisera la vie politique en redonnant aux débats un contenu
    significatif</strong>, en brisant la collusion gauche-droite, public-privé, réduisant aujourd'hui les querelles nationales à des affrontements de personnes sans aucun intérêt pour le citoyen
    ordinaire et son avenir. [...] Le laboratoire de l'expérience ayant confirmé les conclusions de la théorie, le doute n'est plus permis. <strong>L'euro a constitué une parenthèse réactionnaire et
    antidémocratique</strong> très paradoxale dans une ère de décentralisation organisationnelle et de compétition accrue. Il faut maintenant impérativement en sortir pour revenir à l'indépendance
    monétaire et recréer le franc</em>".
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    Il y a encore pas mal de détails intéressants que je ne commente pas plus. L'ouvrage vaut d'être lu.
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    *
  </p>
  <p>
    &nbsp;Pour finir sur une touche personnelle. Comme étudiant, j'ai eu pour enseignants Jean-Paul Fitoussi et Jean-Jacques Rosa, un économiste de gauche et un libéral "de droite". Force est de
    constater aujourd'hui que le plus vigoureux défenseur de la liberté et des valeurs de progrès n'est pas celui que j'aurais cru.
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 30 Jun 2011 00:18:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">c23cd8594396d1f642046c9141634e2b</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-jean-jacques-rosa-l-euro-comment-s-en-debarrasser-78167582-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Votez pour la démondialisation. Arnaud Montebourg.]]></title>
        <link>http://www.lalettrevolee.net/article-votez-pour-la-demondialisation-arnaud-montebourg-76350275.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-size: 10pt;"><img alt="demon.jpg" height="300" width="300" class="noAlign" src="http://idata.over-blog.com/0/11/19/18/2011/demon.jpg">Il y a du très bon et du très mauvais dans
    ce livre.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Commençons par le très bon - comme ça le lecteur sait déjà ce qui l'emporte.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">La bonne nouvelle c'est que Montebourg semble renouer avec l'idée que la gauche doit mordre. Sans exiger que des têtes tombent, il est évident que si la gauche n'a
    aucune idée dérangeante, elle n'est plus la gauche. On peut théoriser cela, <a href="http://www.variae.com/terra-nova-ou-quand-le-progressisme-enterre-la-gauche/">à la Terra Nova</a>, mais cela
    revient à accepter l'idée que l'alternance sert juste à faire remplacer les technocrates de gauche par ceux de droite, et vice-versa.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Le lecteur est donc content de ne pas lire de la guimauve sur les bienfaits de la mondialisation, mais plutôt un ensemble de rappels incluant le suicide de 25 000
    paysans en Inde aussi bien que le coût des délocalisations et de la désindustrialisation.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Montebourg reprend donc des analyses de Patrick Artus, Stiglitz ou de Jacques Sapir, et emploie des formules enfin tranchantes : "<em>L'erreur fatale, c'est qu'à la
    place des Etats souverains, on a installé des entreprises capables d'être plus fortes qu'eux, de les faire chanter et d'obtenir ce qu'elles veulent pour elles-mêmes et ceux qui les possèdent, au
    détriment des peuples.</em>"</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il est précis et documenté dans ses arguments, ce qui joue en sa faveur.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Ses propositions contiennent des points qui vont dans le bon sens ou qui ont plus de portée que ce qui est habituellement envisagé :</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;- des taxes sociales et environnementales pour limiter la concurrence déloyale, organisée actuellement au détriment des industriels de chez nous.
    Contrairement aux propositions vagues en ce sens qu'on peut lire ici ou là, il préconise la création d'une agence qui calculerait les droits à percevoir en fonction des législations sociales et
    environnementales des pays producteurs ;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">- &nbsp;c'est tout.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Si l'on reprend le livre, en effet, presque tout ce que propose Montebourg relève de l'instauration de taxes aux frontières européennes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">C'est là que le bât blesse.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">D'abord, sur le fond, parce que les taxes ne seront, à mon avis, jamais d'une ampleur suffisante pour renverser la vapeur en matière de désindustrialisation et de
    croissance limitée. Je suis plutôt favorable à <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-29023580.html">des taxes corrigeant les disparités de change</a>, bien plus faciles à mettre en place
    à un niveau efficace.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Par ailleurs, Montebourg ne dit à peu près rien sur les effets désastreux de la politique monétaire menée par la BCE, entre autres facteurs du marasme
    actuel.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Il mise tout sur une stratégie à la Todd : le protectionnisme européen. Todd serait le Guaino d'un Montebourg président, cela ressort clairement de cet ouvrage -
    d'ailleurs préfacé par Todd.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Comme Todd le résume parfaitement en &nbsp;deux phrases d'introduction : "<em>[Montebourg] propose, en termes clairs, une solution : le protectionnisme européen
    avec sa nécessaire dimension écologique. En homme d'Etat, il admet que la solution passe par une négociation ferme et amicale avec l'Allemagne</em>".</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sur la méthode donc, tout repose donc sur ce bras de fer amical avec l'Allemagne. Qu'il rate et le programme Montebourg échoue ; il est dommage que le Royaume-Uni
    ne soit pas même cité, qui ne jouerait pas un rôle neutre dans une telle partie.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sachant l'audace - la fragilité - du projet de Montebourg, chaque imprécision est blamable, ou nuit fortement à la crédibilité de l'ensemble.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Malheureusement, et c'est là que les ennuis commencent, les imprécisions sont telles qu'une impression de flou artistique domine...</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Première facilité, qui, si l'on sait lire, devrait suffire à faire refermer l'ouvrage : "<em>Ce projet que nous pouvons construire [...] vise à rendre la
    République française <strong>et</strong> l'Union européenne plus fortes que la mondialisation</em>". Comme si les intérêts de la France et de l'Union européenne étaient, de toute évidence et
    comme un fait de nature, indissolublement liés. Alors que la culture politique majoritaire de l'Union est bien plus favorable aux marchés et à la mondialisation que celle de la France.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sous couvert de nous défendre vigoureusement, Montebourg fait passer l'idée que toute question sur l'intérêt de l'appartenance à l'Union pour la France doit être
    écartée.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Je signale au passage cette énormité. La préface de Todd à ce livre se termine ainsi : "<em>[avec Montebourg] les socialistes [...] auront [un programme] capable de
    réconcilier les citoyens avec leur classe politique, avec leurs institutions, avec l'idée européenne</em>". &nbsp;Qui a envie de se réconcilier avec l'idée européenne ? En quoi cela doit-il être
    le but ultime de la campagne de 2012 ?</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Montebourg doit, s'il veut réussir ce programme, ne pas tricher avec la vérité. Or, il écrit par exemple (p. 56), autre facilité, que les Etats peuvent
    choisir d'invoquer des clauses de sauvegarde écologiques auprès de l'OMC, y compris la France. Mais la France étant représentée par l'Union européenne à l'OMC, je doute fort du caractère réaliste
    d'une telle proposition.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Même flou quand l'auteur réclame que la France impose des accords commerciaux avec des normes sociales à ses partenaires extérieurs. Il faudra d'abord qu'elle les
    impose à ses partenaires de l'UE, qui, pour la plupart, n'en veulent pas - les Pays-Bas sont fortement ouverts et ce sont les deuxièmes contributeurs nets au budget de l'Union. Il n'y a pas que
    l'Allemagne autour de la table.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Montebourg exagère les pouvoirs de la France au sein de l'Union (ses futurs pouvoirs s'il était élu), probablement pour masquer l'ampleur de son pari : le grand
    bras de fer avec l'Allemagne est en réalité le coeur du programme.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Pour l'emporter, Montebourg propose du troc.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Par exemple, "<em>discipline budgétaire en Europe contre la hausse des salaires dans nos deux pays</em>". Mettons un peu de chair sur ces mots abstraits de
    "<em>discipline budgétaire en Europe</em>", qui n'ont l'air de rien. Ca veut dire très concrètement que l'Union pourra tondre les grecs jusqu'au dernier portugais, au nom d'un rigorisme
    budgétaire qui plaît à l'Allemagne même s'il est suicidaire, pourvu que les salaires franco-allemands progressent.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Belle conception socialiste de la solidarité européenne !</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;Pour maquiller ces arrangements peu glorieux, quelques gadgets sont parsemés. Par exemple on ressort, à dix lignes de la fin du livre, "<em>un salaire minimum
    état par état [qui] serait une première pierre</em>". Sans plus de précision, c'est de la bouillie pour chat.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Autre sujet évoqué <em>in fine</em>,&nbsp; la proposition de créer un budget communautaire doté de ressources propres accrues. &nbsp;Devant le gâchis actuel de
    l'Union européenne, l'inefficacité patente de cet ensemble, je ne comprends simplement pas la pertinence de cette proposition. Nous devrions plutôt, dans la perspective d'un bras de fer, menacer
    de réduire la contribution française audit budget.</span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">*</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Les lecteurs pourront, pour deux euros, se faire leur propre idée de cet ouvrage. Très sincèrement, j'ai été bluffé pendant une bonne partie de ma lecture : on sort
    du sirop habituel sur l'évidence des bienfaits de l'Union et du libre-échange intégral.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp;A la relecture, il apparaît que Montebourg mise tout sur un changement d'attitude de l'Allemagne qui entraînerait celui de toute l'Europe. Cette stratégie est
    fragile et il n'en a aucune de rechange, &nbsp;cela se voit - et ne pas avoir de stratégie de rechange c'est le début de la défaite, lisez <a href=
    "http://descartes.over-blog.fr/article-pourquoi-la-direction-du-pcf-capitule-en-rase-campagne-75866906.html">ce billet chez Descarte</a>s, fort bien hum... troussé, sur les relations
    Mélenchon-PCF.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Relisant l'ouvrage, on se demande si le but est de renforcer l'Europe - sans trop s'interroger sur <a href="http://www.lalettrevolee.net/article-32054718.html">le
    rôle qu'elle joue dans la mondialisation</a> - ou de sortir la France d'un jeu délétère où les Etats abdiquent leur volonté régulatrice.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">Sans doute faut-il chercher des détails sur le site que Montebourg a consacré à ce sujet.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;">&nbsp; L'adresse est en première page du livre. Ca s'appelle, hum..., www.demondialisation.<strong>eu</strong></span>
  </p>
  <p style="text-align: center;">
    <span style="font-size: 10pt;">-</span>
  </p>
  <p>
    <em>Post scriptum :</em> Montebourg se fait tout de même traiter de <a href=
    "http://www.nonfiction.fr/articleprint-4656-alain_minc__une_campagne_de_reelection_est_tres_differente_dune_campagne_delection_interview_exclusive.htm">connard anti-européen par Alain Minc</a>,
    c'est un excellent point pour lui...
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 11 Jun 2011 00:29:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">6219be14966258591cd47f1d3347519b</guid>
                <category>Essais / Histoire</category>        <comments>http://www.lalettrevolee.net/article-votez-pour-la-demondialisation-arnaud-montebourg-76350275-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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